Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Le réchauffement va dégrader la productivité des pays pauvres by CSR Inde

Le réchauffement dégrader productivité pays pauvres

Le réchauffement va dégrader la productivité des pays pauvres

 

Dans les économies émergentes, la hausse du mercure fait perdre l’équivalent de 10 % des heures travaillées.
L’OIT estime leur baisse de productivité à plus de 2.000 milliards de dollars d’ici à 2030.

La hausse du mercure due au dérèglement climatique n’est pas seulement en train de se traduire par une accélération des catastrophes naturelles. Elle vient, en plus, entamer les capacités productives des pays, à commencer par les plus exposés au réchauffement. Celui-ci inflige d’ores et déjà aux économies émergentes une perte équivalente à 10 % du volume d’heures travaillées, selon un rapport que vient de publier l’Organisation internationale du travail (OIT).

Pour un même chantier, celui mené sous un soleil de plomb permanent nécessitera plus de temps ou de main-d’oeuvre pour être achevé – en raison notamment des temps de pause plus nombreux – que celui réalisé sous des températures modérées. D’où des surcoûts de production qui n’iront probablement qu’en augmentant. A l’horizon 2030, plus de 2.000 milliards de dollars devraient être ainsi perdus, estime le rapport de l’OIT coproduit avec plusieurs organismes dépendant des Nations unies et organisations syndicales internationales.

Car même en parvenant à contenir le réchauffement dans la limite de 1,5 degré d’ici à la fin du siècle – le scénario optimiste visé par l’accord de Paris sur le climat -, la situation va devenir de moins en moins supportable dans les régions les plus chaudes de la planète : sud des Etats-Unis, Caraïbes, Amérique centrale et nord de l’Amérique latine, Afrique du Nord et de l’Ouest, Asie du Sud et du Sud-Est. Des territoires regroupant 4 milliards d’individus et 1 milliard de travailleurs où, déjà, les 35 degrés – température à partir de laquelle il y a un risque pour la santé – sont les plus fréquemment dépassés.

Le nombre de jours de canicule explose

A Calcutta, dans l’est de l’Inde, chaque décennie apporte une douzaine de jours supplémentaires où les 29 degrés sont dépassés. En Afrique occidentale, le nombre annuel de jours de canicule a presque doublé depuis les années 1960, indique le rapport. Résultat, dans ces pays, le nombre d’heures travaillées décroît. La baisse observée depuis le milieu des années 1990 oscille entre 2 et 3 % au Bangladesh, au Cambodge, au Vietnam ou encore au Burkina Faso. L’Inde a déjà perdu environ 3 % d’heures de travail diurnes par an, en raison de la chaleur extrême, et pourrait en perdre jusqu’à 8 % d’ici à 2085. « C’est un facteur de vulnérabilité supplémentaire pour les pays en développement qui subissent déjà une multiplicité d’impacts dus au changement climatique », observe Cecilia Rebong, représentante permanente des Nation unies aux Philippines.

La situation s’annonce à ce point critique qu’elle menace de compromettre la réalisation de plusieurs des 17 objectifs de développement durable (ODD) adoptés l’automne dernier par les Nations unies, notamment pour éradiquer la pauvreté ou la faim dans le monde.

Les informations de l’OIT sont à rapprocher de celles d’une précédente étude publiée par la revue « Nature » quelques semaines avant la COP21. A savoir qu’une hausse du mercure de 4,3 degrés d’ici à 2100 provoquerait une chute de plus de 20 % du revenu global moyen et l’appauvrissement de 77 % des pays de la planète.

Source

 



L’Inde en révolution – Extrait des cahiers du bolchévisme juin 1930 by CSR Inde

(Matériaux d’information)

L’Inde est aujourd’hui le foyer de la lutte émancipatrice des centaines de millions d’esclaves coloniaux qui sont asservis et exploités par l’impérialisme britannique.

Le mouvement d’émancipation nationale s’est développé avec une extrême rapidité. De mouvement constitutionnel dirigé par la petite-bourgeoisie, il est devenu un mouvement révolutionnaire de masse dirigé par les ouvriers. Sous la pression de plus en plus forte de l’exploitation impérialiste et en dépit de la politique des dirigeants bourgeois qui tendent à un compromis avec l’impérialisme, les masses hindoues, sous la direction des ouvriers industriels, passent à la révolte ouverte pour conquérir de haute lutte leur libération nationale et sociale.

L’exploitation impérialiste dans l’Inde

L’Inde, avec sa superficie de 4.620.000 kilomètres carrés et ses 325 millions d’habitants, occupe une place à part dans l’Empire mondial britannique. Elle est le pilier de la puissance anglaise. Sur 4 sujets de l’Empire, 3 sont Hindous. La Conquête du marché de l’Inde a fourni au développement industriel britannique, une base de premier ordre. Un milliard de livres sterling a été investi par l’Angleterre dans l’Inde. C’est en grande partie grâce aux profits réalisés dans cette contrée que la bourgeoisie du Royaume-Uni a corrompu la couche supérieure de la classe ouvrière anglaise qui fournit les cadres du labourisme.

La misère des travailleurs hindous est immense. Une enquête des Trade Unions effectuée il y a un an et demi, les conclusions de plusieurs rapports parlementaires sur la situation dans l’Inde, les statistiques de la Fédération internationale textile, permettent d’établir le bilan de la domination anglaise et de ses conséquences sur la situation des ouvriers hindous.

Voici le tableau comparé de la consommation moyenne d’un ouvrier de Bombay et d’un délinquant emprisonné:

L’ouvrier absorbe 1 liv. 29 de pain et de farine, le détenu   1,50

  • — 0,03 de bœuf et de mouton            —        0,04
  • — 1,54 de consommation totale         —        1,8

Les pensionnaires des prisons vivent moins misérablement que les libres sujets de S.M. britannique!

Le salaire mensuel d’un coolie dans les plantations de thé est de 7 à 15 roupies (1 roupie = 1 shilling 6 pence, environ 9 fr. 50).

Pour être embauché, l’ouvrier hindou doit promettre au recruteur un pot de vin. Une fois embauché, il est soumis à toutes sortes d’amendes. Si pour payer son loyer et ses impôts il emprunte, il devient la proie des usuriers.

La main-d’œuvre féminine joue un rôle considérable. Sur 747.661 ouvriers employés dans les plantations de thé, il y a 362.825 femmes contre 384.836 hommes. Viennent ensuite par ordre d’importance : l’industrie cotonnière, les mines, l’industrie du jute. Des femmes et des enfants de 13 ans sont employés dans le travail au fond des mines.

Les familles ouvrières vivent dans des conditions de logement effroyables. L’opium fait dans la population laborieuse des ravages effroyables. 98 % des enfants des ouvriers industriels absorbent de l’opium que leur donnent leurs mères pour les faire dormir pendant les heures de travail. Il meurt chaque année, à Bombay, dans leur première année, 372 bébés sur 1.000 naissances vivantes.

La durée moyenne de la vie dans l’Inde est tombée de 32 ans en 1870 à 22 ans en 1921.

L’Angleterre entretient dans l’Inde les querelles religieuses. Dresser les hindous contre les musulmans dans des guerres meurtrières a été depuis des siècles la tactique des représentants de l’impérialisme britannique dans l’Inde. Il y a un an à peine, le vice-roi lord Irwin recruta dans sa police des musulmans Patans. Puis il fit répandre le bruit que les musulmans dérobaient des enfants pour les sacrifices rituels. Il fit même dérober, effectivement, de petits Hindous. Ce fut dans la population hindoue une explosion de colère. Des batailles sauvages commencèrent. Le vice-roi les prolongea à dessein pendant plusieurs jours. Après quoi, il imposa son arbitrage sur les cadavres.

L’histoire de la domination britannique Lire la suite



Être musulman(s) dans l’Inde de Narendra Modi : la vie de ghetto, entre domination et résistance by CSR Inde

 Sarkhei Road, axe à quatre voies traversant le ghetto de Juhapara, municipalité d’Ahmedabad, Gujarat, Inde, mai 2015

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Cet article se fonde sur des enquêtes ethnographiques longues menées à Ahmedabad, et principalement Juhapura, entre 2009 et 2014, dans le cadre d’un doctorat en science politique. Toutes les citations sont extraites d’entretiens conduits au cours de cette période.

 

Le 26 mai prochain marquera la fin de la première année de mandature exercée par le nationaliste hindou Narendra Modi à la tête du gouvernement indien. A l’occasion de cet anniversaire, cet article se propose de revenir sur la situation de la minorité musulmane dans un pays gouverné par le Bharatyia Janata Party (Parti du peuple indien, BJP), formation politique nationaliste hindoue dont l’idéologie repose sur l’hindutva, soit l’« hindouité » supposée de l’Inde, aux dépens des autres minorités ethniques composant le pays [1] – notamment les 14% de musulmans et les 3% de chrétiens. Depuis un an, l’élection de Narendra Modi s’est traduite par des menaces accrues sur la liberté et les pratiques religieuses des minorités non hindoues, au premier rang desquelles les quelque 145 millions de musulmans indiens [2]. Cette situation est partagée par l’ensemble de la minorité dans le pays, avec des spécificités selon le contexte local. Pour cette raison, cet article traite du cas singulier des musulmans du Gujarat. Il propose une plongée dans le ghetto musulman de Juhapura, situé à sept kilomètres du centre-ville d’Ahmedabad, la capitale économique de l’État.[3] En effet, à plusieurs égards, regarder ce qui se passe à Juhapura, c’est comme poser une loupe sur la situation actuelle des musulmans indiens du Nord.

Tout d’abord, le Gujarat est l’État dans lequel Narendra Modi a bâti sa carrière politique, et dont il a vanté les résultats économiques au cours de la campagne électorale de 2014 comme gage de sa bonne gouvernance. C’est également l’État dans lequel ont eu lieu les pogroms anti-musulmans de 2002 dont Narendra Modi est considéré comme l’instigateur, quoiqu’il ait toujours été innocenté par la justice [4]. On parle ici de pogroms et non d’émeutes car les attaquants étaient exclusivement hindous et soutenus par la puissance publique, face à des victimes uniquement musulmanes. Les modalités de ces violences sont également à rapprocher des massacres de population, en ce qu’ils témoignent d’une volonté de tuer le corps physique et le corps symbolique de la minorité [5]. Selon les estimations des ONG, les pogroms ont fait deux mille morts, dont mille dans la seule ville d’Ahmedabad, et 150 000 déplacés internes. Les violences de 2002 constituent donc l’attaque la plus violente qu’aient connue les musulmans indiens dans leur pays, qu’il s’agisse du nombre de victimes comme des modalités d’assassinat.

Le ghetto ou l’exercice de la domination « au quotidien »

L’une des conséquences à moyen terme de ces violences a été la formation d’un ghetto à Juhapura. Avant 2002, la localité est un simple quartier musulman économiquement défavorisé d’environ 50 000 habitants. Mais le pogrom transforme cet espace en y entrainant l’afflux massif de musulmans cherchant un entre-soi ethnique perçu comme protecteur. C’est particulièrement vrai des classes musulmanes supérieures, qui, pour la première fois, ont été victimes elles aussi des violences, alors qu’elles étaient épargnées jusque-là. Leur arrivée transforme la localité en ghetto. Ce dernier se distingue du simple quartier ethnique par quatre caractéristiques résumées ici : la contrainte d’installation, le confinement, le stigmate identitaire consubstantiel et la duplication des institutions par des acteurs privés, en l’absence de présence publique [6]. Le ghetto ne se caractérise donc pas tant par la dégradation de son habitat, tel que le sens commun l’entend souvent, que par ces quatre dispositions qu’accompagnent, entre autres, l’hétérogénéité économique et l’homogénéité ethnique. Si les quartiers musulmans sont nombreux en Inde, Juhapura semble donc être, à ce jour, le seul ghetto musulman du sous-continent. En 2015, on estime qu’il compte près de 500 000 habitants [7].

Les dispositions strictement définies de l’espace qualifiant Juhapura de ghetto constituent autant d’actes de domination de la part des autorités de l’État à l’encontre des habitants (musulmans donc) de la localité. Instaurant cette relation de pouvoir par le truchement de l’habitat, le ghetto devient ainsi un dispositif spatialisé de pouvoir. Il exerce une domination « au quotidien » sur les habitants et, partant, est une modalité de gouvernance de la minorité musulmane d’Ahmedabad mobilisée par le gouvernement (local) Modi de 2002 à 2014, et désormais par celui d’Anandiben Patel. Concrètement, les conditions de vie des habitants de Juhapura, et leurs difficultés d’accès à une citoyenneté effective les amènent à se considérer comme des « citoyens de seconde zone ». La domination qu’y exercent les autorités est aussi protéiforme que pernicieuse. Elle s’infiltre dans le quotidien des habitants et touche à tous les aspects de leur vie. Partant, elle pourrait être rapprochée, quoiqu’avec précaution, d’une forme d’ethnicisation de la citoyenneté indienne. Si formellement, les citoyens musulmans disposent des mêmes droits que leurs compatriotes hindous, à Ahmedabad et encore plus à Juhapura, leur ethnicité les disqualifie d’une citoyenneté effective.

Chaque caractéristique du ghetto constitue une modalité de cette domination. La première a été, en creux de la formation du ghetto, la purification des territoires urbains d’Ahmedabad de leur présence musulmane, et la mise en place d’un entre-soi ethnique, auquel se superpose l’entre-soi économique pour les hindous. Cette modalité de gouvernance repose sur la contrainte d’installation dans le ghetto. Beaucoup d’habitants évoquent leur souhait de vivre dans d’autres quartiers de la ville mais leur impossibilité de le faire sans mettre leur vie en danger « en cas de problème » ; la seconde modalité de gouvernance de la minorité et stratégie de domination consiste à confiner les habitants de Juhapura, qui ne peuvent étendre leur localité. En effet, à l’est, le ghetto est ceint par un carrefour extrêmement fréquenté, et séparé des habitations hindoues voisines par des no man’s lands ou des « frontières » [borders]. Barbelés et fossés ont été mis en place après 2002 pour séparer les hindous des musulmans. Au nord, Juhapura est encadré par des immeubles construits par les autorités et achevés en 2013 : ce sont les logements des fonctionnaires de police de la ville. Au sud, ce sont les stations de traitement des eaux usées qui enserrent le ghetto, en plus de polluer les sols en profondeur et d’apporter leur lot de maladies, étant construites à distance non réglementaire des habitations. Enfin, à l’ouest, Juhapura s’ouvre sur un axe routier à quatre voies qui la traverse, menant vers la région du Saurashtra.

La domination au quotidien des habitants se traduit également par l’absence des infrastructures et services publics présents dans d’autres quartiers d’Ahmedabad. A Juhapura, il n’y a pas d’éclairage public, pas de jardins ou de parcs publics, pas de routes goudronnées si ce n’est la quatre-voies traversant le ghetto ; il faut s’imaginer notamment la poussière venue du Saurashtra et avec laquelle les habitants vivent en permanence, en l’absence de routes asphaltées. Les habitants y sont tous victimes de ce que les médecins appellent la « Juhapura cough » (« la toux de Jahapura »), liée à la poussière. Des problèmes beaucoup plus sérieux sont liés à l’eau livrée chaque jour mais presqu’impropre à la consommation. Les médecins interrogés font état des nombreuses maladies respiratoires et digestives liées à ce problème, ainsi qu’à l’infiltration des produits toxiques dans les sols, via les stations d’épuration. On ne trouve pas non plus d’hôpitaux publics, et les quatre écoles publiques ne couvrent qu’à peine 10% des besoins éducatifs des habitants du ghetto. Ces derniers évoquent aussi le « harcèlement » administratif dont ils sont victimes de la part des forces de police, seule représentante de la puissance publique visiblement implantée dans le ghetto. On y est fréquemment témoin d’arrestations arbitraires, notamment à l’encontre des jeunes hommes, ou de fréquents contrôles de véhicules, a fortiori à l’approche de l’Eid – pour y trouver de la viande illégalement introduite dans le ghetto.

Les canaux de la résistance : « self-help » et regard porté vers le Golfe

Face à ces stratégies de domination, les habitants du ghetto ont mis en place des tactiques de résistance [8]. Elles sont toutes le fruit d’initiatives d’acteurs privés (le « self help ») et n’empruntent guère la voie politique militante, considérée comme inefficace [9]. Le principal canal de cette résistance est le « business ». La sphère économique est désormais perçue comme la matrice intégratrice à la société majoritaire pour les musulmans de Juhapura, et leur apparaît comme le meilleur rempart contre les violences. En analysant leur discours, deux raisons semblent expliquer cette perception, chacune adossée au souvenir des pogroms de 2002, qui, dès lors, apparaissent bien comme un événement au sens plein du terme, c’est-à-dire une rupture. Économiquement intégrés, participant à l’enrichissement national, les musulmans se perçoivent comme « utiles » à la société indienne, et notamment à leurs partenaires hindous ; les uns et les autres étant liés par une relation d’interdépendance économique. Il n’y aurait donc aucun intérêt à les éliminer. La seconde raison est liée au fait qu’en cas de répétition des violences, l’aisance économique permettra au moins de faire face, qui à une cessation temporaire d’activités, qui à une réinstallation forcée, etc.

Pour les habitants de Juhapura, le salut passe donc par eux-mêmes ; comme ils aiment désormais le dire, « we are self-made angels ». De fait, l’absence d’infrastructures publiques a été palliée par des initiatives privées ; le développement de Juhapura étant ainsi le fruit d’une privatisation de l’action publique. Ces actions ont été conduites par les musulmans aisés de jamaats [10] supérieures arrivées à Juhapura conséquemment au pogrom. Notamment par le biais du zakat [11], ils financent deux hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des bibliothèques, des cours de soutien et/ou de formation aux examens de la fonction publique, etc. L’éducation est au cœur des préoccupations des habitants de Juhapura, toutes jamaats confondues. Elle est directement liée à l’impératif d’intégration économique déjà évoqué. Par-delà l’instruction en elle-même, l’éducation est vue comme le moyen d’accéder à un emploi stable ou rémunérateur et partant, le tremplin vers une bonne intégration économique. Les filles et les femmes font l’objet d’un effort éducatif particulier, ce qui, de l’aveu même des enquêtés (hommes ou femmes) est inédit. Il est également intéressant de noter qu’outre l’entreprenariat et/ou le commerce, occupations plus ou moins traditionnelles des musulmans gujaratis, de plus en plus nombreux sont ceux qui évoquent l’importance de trouver des emplois publics, plus stables et rémunérateurs, auxquels les musulmans ont traditionnellement moins accès. Parallèlement à l’aménagement de la localité, les habitants ont également fait ouvrir des antennes locales des banques indiennes, entrainé la multiplication des commerces, ou encore équipé leur propre society (résidence) en y asphaltant les chemins, apportant l’eau, l’électricité, etc.

Dans le sillage du discours sur l’importance de l’intégration économique, depuis 2013, les références à la culture dite « du Golfe » se multiplient dans Juhapura. Ceci est également une conséquence à long terme des pogroms car la paralysie de l’économie locale en 2002 a poussé les entrepreneurs musulmans à rechercher d’autres marchés, au premier rang desquels, les pays du Golfe. Les acteurs évoquent notamment Doha et Dubaï, qui apparaissent comme les villes les plus attractives pour les migrants ; l’Arabie saoudite est également mentionnée pour son caractère musulman (« Islamic credentials ») mais le racisme dont y sont victimes les migrants sud-asiatiques est souvent évoqué pour expliquer la préférence pour d’autres destinations. Enfin, Oman fait l’objet d’une représentation particulière dans les discours, en raison des liens historiques avec le sultanat. Les habitants évoquent leur attrait et leur admiration croissants pour les pays du Golfe, autant pour les perspectives économiques envisageables là-bas, que pour « l’ambiance musulmane » de ces pays. Les flux économiques entre les entrepreneurs de Juhapura et les pays du Golfe se multiplient, permettant aux premiers de réaliser là-bas les profits qu’ils ne peuvent faire directement sur place, pour les réinjecter ensuite dans le ghetto. Les ensembles résidentiels de luxe, construits avec l’argent gagné dans le Golfe et sur le modèle de ce qui s’y voit, se multiplient. Ils alimentent en cela l’augmentation des prix des logements dans le ghetto. Mais l’attrait pour le Golfe dépasse la seule sphère économique : des éléments culturels sont également présents dans le ghetto, comme le traduisent les noms de l’ensemble résidentiel « al-Bhurooj » ou du restaurant Aladdin. L’intégration économique par le Golfe de certains habitants de Juhapura s’accompagne ainsi d’une revalorisation identitaire qui résiste au stigmate consubstantiel à la forme ghetto. Partant, et bien que cette observation doive être prise avec mesure, le regard porté vers le Golfe apparaît, pour le moment, comme une dynamique transnationale permettant une meilleure intégration des acteurs au contexte local. Les entrepreneurs aisés de Juhapura ont été courtisés par Modi comme ils le sont aujourd’hui par A. Patel. Certains entrepreneurs basés à Juhapura font ainsi le relais entre la minorité et les autorités, facilitant la venue des entreprises du Golfe au Vibrant Gujarat Summit ou lors du Business Conclave de février 2014, destiné spécialement aux entrepreneurs musulmans du Gujarat. Le pont vers le Golfe ne doit donc pas être compris comme une fascination mimétique conduisant, par exemple, à la wahhabisation des pratiques religieuses locales. Au contraire, en creux du désir d’ailleurs, ce regard porté vers le Golfe semble permettre aux habitants (qui participent à ces migrations) d’acquérir une certaine reconnaissance, et revalorise ainsi leur identité individuelle, leur « utilité » (économique notamment) à la société locale, et donc leur intégration.

Ethnicisation et intégration économique : une citoyenneté questionnée

La question soulevée par ce mode de gouvernance et les effets qu’il induit est celle de la désagrégation progressive des solidarités intra-ethniques à Ahmedabad, après l’éclatement de celles inter-ethniques en 2002. En adossant leur salut à leur seule situation individuelle, et notamment économique, et en se détachant en cela de tout recours à la puissance publique, les musulmans s’alignent sur l’un des éléments du récit national proposé par Narendra Modi, pour qui la croissance économique éclipse tout autre enjeu sociétal. De plus, ils contribuent à creuser le fossé de plus en plus marqué dans la société indienne entre une partie de la population qui reste en marge du projet proposé par Modi, et les catégories qui y prennent part de plain-pied. De ce point de vue, les options posées aux musulmans de Juhapura ne diffèrent pas beaucoup de celles qui s’offrent à l’ensemble de la population indienne. Néanmoins, différence de taille, l’intégration économique n’est pas d’abord envisagée comme le moyen de satisfaire des besoins d’enrichissement personnel, mais comme, en réalité, l’assurance de rester en vie. Ce point interroge donc les fondements mêmes de l’État indien et la question de la citoyenneté déjà évoquée ci-dessus entre ethnicisation de celle-ci, et la survalorisation de l’intégration économique aux dépens des droits formels censés être garantis par le fait d’être citoyen indien.

En outre, notons que pour les musulmans issus des jamaats les plus défavorisées, la non-intégration est désormais double : économique et ethnique. Dès lors, la question des musulmans les plus défavorisés se pose à nouveau avec acuité, en plus de celle de l’efficacité réelle de cette intégration économique contre les violences. Pour les plus pauvres, victimes d’une exclusion ethnique et économique, quel est leur avenir dans l’Inde de Modi ? Quelles sont les perspectives pour les jeunes non éduqués et de plus en plus en marge, y compris au sein du ghetto naguère protecteur ? Certes, les organisations religieuses sont là pour aider cette clientèle captive, mais cette aide est fondée sur la charité, et ne permet pas le développement humain. De plus, celle-ci est bien souvent assortie de la recommandation expresse d’adopter la pratique de l’islam des associations bienfaitrices, beaucoup plus rigoriste.

 

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This paper is part of the Noria South Asia Program. Created in September 2014, the Program aims at connecting young scholars interested in South Asia from different disciplines. With the view of creating synergies, it proposes a platform where the multiple academic boundaries that split this research area can be challenged and possibly overcome. Its broad objectives are to foster academic collaboration and to offer high-quality and trans-disciplinary expertise on South Asia through research projects, conferences and publications (the South Asia Papers). In direct line with Noria’s general approach, the South Asia Office’s spirit is anchored in the three fundamental principles of intellectual independence, scientific rigor, and linguistic and field expertise.


[1] Pour les nationalistes hindous, l’Inde est conçue comme essentiellement hindoue. Ceci dépasse la seule pratique de la religion, pour y inclure des pratiques quotidiennes telles que le végétarisme. Les minorités religieuses chrétiennes et musulmanes sont, quant à elles, pensées comme adossées à d’autres pays. Elles doivent donc quitter l’Inde, se convertir à l’hindouisme ou restreindre leurs pratiques religieuses à la sphère strictement privée.

[2] Réécriture des manuels d’histoire aux dépens des Moghols, campagne « Ghar Wapsi » (Retour à la maison) de conversion à l’hindouisme, volonté d’imposer un code civil uniforme remplaçant les lois personnelles (soit des sortes de codes civils régissant chaque minorité religieuse), etc. Voir sur ce point la contribution d’Aminah Mohammed-Arif à venir en juin.

[3] La capitale politique étant Gandhinagar, ville créée lors de la séparation de l’État du Gujarat de la Province de Bombay dans les années 1960. Gandhinagar est située à une trentaine de kilomètres d’Ahmedabad.

[4] Il a, entre autres, été directement mis en accusation par un officier supérieur de police en poste en 2002 (ayant démissionné depuis). N. Modi a néanmoins été blanchi par la commission d’enquête mise en place pour enquêter sur son implication. Sachant que tous les membres de cette commission étaient issus du Gujarat, ceci questionne d’autant l’indépendance supposée de ladite commission.

[5] Les autorités ont publié leur propre bilan des victimes mais celui-ci ne fait état que de 850 morts, 223 blessés et 2 500 déplacés. Devant le peu de crédibilité de ces chiffres, les analyses se réfèrent toutes aux données du rapport de l’ONGHuman Rights Watch : « We Have no Order to Save You », 2002.

[6] Sur ces caractéristiques, voir Loïc Wacquant (2007).

[7] Ce chiffre est le fruit d’estimations personnelles car il n’existe pas de données publiques, les autorités ayant administrativement éclaté la zone pour éviter qu’elle ne constitue une zone musulmane homogène.

[8] Etant entendu que la résistance n’est pas nécessairement intentionnellement perçue comme telle par les acteurs.

[9] En lien avec l’influence ancienne du nationalisme hindou au Gujarat, les musulmans de Juhapura ne « voient pas la différence entre le Congrès et le BJP », puisque le premier pratique un « soft hindutva » et que de nombreuses émeutes ont éclaté sous mandat congressiste. Ainsi, bien que les trois élus locaux de Juhapura soient effectivement membres du Congrès, les habitants se servent plus de ces relais locaux pour faire avancer un dossier personnel précis, le Congrès n’étant clairement pas considéré comme une alternative politique crédible.

[10] Grosso modo des communautés ethniques au sein de la minorité musulmane, cette dernière étant organisée en castes, à l’image des hindous (Ahmad, 1973).

[11] La charité, l’un des cinq piliers de l’islam, car chaque musulman est censé consacrer une part de son revenu aux plus pauvres.

Source



« Professeur, P.O.W. » – ARUNDHATI ROY by CSR Inde

Voici donc l’article pour lequel Arundhati Roy est accusée! tout cela est très significatif du niveau de la liberté d’expression et de ce qu’est la démocratie en Inde!

Saibaba
Image d’un terroriste armé? Dr Saibaba à l’extérieur de sa maison en mai 2010

ESSAI

le gouvernement a tellement peur de cet universitaire paralysé en fauteuil roulant que la police du Maharashtra a dû l’enlever pour l’arrêter.

Le 9 mai 2015, cela fait un an que le Dr G.N. Saibaba, professeur d’anglais au Ramlal Anand College de l’Université de Delhi, a été enlevé par des inconnus sur le chemin du retour du travail. Lorsque son mari a disparu et son téléphone portable n’a plus répondu, Vasantha, l’épouse du Dr Saibaba, a déposé plainte pour disparition de personne au poste de police local. Ensuite, des hommes inconnus se sont présentés comme la police du Maharashtra et ont défini l’enlèvement comme étant une arrestation.

Pourquoi l’ont-ils enlevé de cette façon alors qu’ils auraient pu facilement arrêter formellement ce professeur qui se trouve être en fauteuil roulant et paralysé en dessous de la taille depuis l’âge de cinq ans? Il y avait deux raisons: d’abord, parce qu’ils savaient de leurs précédentes visites à sa maison que s’ils l’avaient arrêté à son domicile sur le campus de l’Université de Delhi, ils auraient eu à faire face à une foule de personnes en colère –des professeurs, des militants et des étudiants qui aimaient et admiraient le professeur Saibaba non seulement parce qu’il était un enseignant dévoué, mais aussi en raison de sa vision politique du monde courageuse. Deuxièmement, parce qu’en l’enlevant cela donnait l’impression, qu’uniquement armés de leur esprit et d’audace, ils avaient traqué et capturé un dangereux terroriste. La vérité est plus prosaïque. Beaucoup d’entre nous ont savaient depuis longtemps que le professeur Saibaba était susceptible d’être arrêté. Cela avait fait l’objet d’une discussion ouverte pendant des mois. Jamais durant tous ces mois, jusqu’au jour de son enlèvement, que cela puisse lui arriver ou à quelqu’un d’autre, il n’avait pensé à agir autrement que de l’affronter fièrement et droitement. En fait, pendant cette période, il a consacré toutes ses heures disponibles à terminer son doctorat sur les « Politiques de la Discipline des Indiens écrivant en Anglais ». Pourquoi avons-nous pensé qu’il serait arrêté? Quel était son crime?

En Septembre 2009, P. Chidambaram, alors ministre de l’Intérieur a annoncé une guerre appelée Opération Green Hunt dans ce qui est connu sous le nom du Red Corridor de l’Inde. Cette opération a été annoncée comme une opération de nettoyage des jungles de l’Inde centrale menée par les forces paramilitaires contre les «terroristes» maoïstes. En réalité, c’était le nom officiel de ce qui avait été jusqu’à présent une bataille de la terre brûlée menée par les milices d’autodéfense financées par l’État (Salwa Judum au Bastar et des milices non identifiées dans d’autres Etats). Le mandat consistait à débarrasser les forêts de ses résidents gênants afin que les sociétés minières et de renforcement des infrastructures puissent aller de l’avant dans leurs projets jusqu’alors au point mort. À ce moment, le fait que le transfert des terres Adivasies à des sociétés privées est illégal et inconstitutionnel n’a pas dérangé le gouvernement de l’UPA au pouvoir. (Le nouveau Land Acquisition Act du gouvernement actuel propose de transformer cette illégalité en loi.) Des milliers de troupes paramilitaires accompagnés par des milices d’autodéfense ont envahi les forêts, brûlant des villages, tuant des villageois et violant des femmes. Des dizaines de milliers d’Adivasi ont été forcés de fuir leurs maisons et de se cacher dans la jungle sans le moindre abri pendant des mois. La réaction contre cette brutalité a été que des centaines de personnes ont rejoint l’Armée de Guérilla de Libération du Peuple (PLGA) édifiée par le PCI (Maoïste), que l’ancien Premier ministre Manmohan Singh avait fameusement décrit comme « la plus importante menace pour la sécurité intérieure» de l’Inde. Encore maintenant, l’ensemble de la région reste bouleversée par ce qu’il faut bien appeler une guerre civile.

Comme c’est le cas dans toute guerre prolongée, la situation est maintenant loin d’être simple. Alors que certains de la résistance continuent à mener un juste combat, d’autres sont devenus des opportunistes, des extorqueurs et des criminels de droit commun. Il n’est pas toujours facile de distinguer un groupe d’un autre, et il est ainsi facile de tous les mettre dans le même sac. D’horribles atrocités ont eu lieu. Une série d’atrocités est appelée le Terrorisme et l’autre, le Progrès.

En 2010 et 2011, lorsque l’opération Green Hunt était la plus brutale, une campagne contre cette opération a commencé à prendre de l’ampleur. Des réunions publiques et des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes. Les médias internationaux ont commencé à prêter attention aux échos de ce qui se passait dans la forêt. Le Dr Saibaba était un des principaux mobilisateurs de cette campagne publique et absolument non secrète contre l’opération Green Hunt. La campagne a été, au moins temporairement, un succès. Le gouvernement a été humilié en prétendant qu’une chose telle que l’opération Green Hunt n’existait pas, que c’était juste une création des médias. (Bien sûr, l’assaut sur les terres Adivasies continue, en grande partie non signalé, parce que maintenant c’est une opération sans nom. Cette semaine, le 5 mai, 2015, Chhavindra Karma, fils de Mahendra Karma le fondateur de Salwa Judum, qui a été tué dans un embuscade maoïste, a annoncé la mise en place de Salwa Judum-II. Ceci malgré le jugement de la Cour suprême déclarant la milice Salwa Judum illégale et inconstitutionnelle et ordonnant sa dissolution.)

Dans la cadre de l’opération Sans Nom, quiconque critique ou entrave la mise en œuvre de la politique de l’Etat est appelé un maoïste. Des milliers de Dalits et Adivasis, ainsi qualifiés, sont en prison absurdement accusé de crimes comme la sédition et sont accusés de mener la guerre contre l’Etat en vertu de la Loi sur la prévention des activités illicites (UAPA) – une loi qui ferait mourir de rire tout être humain intelligent si seulement son utilisation n’était pas si tragique. Alors que les villageois croupissent pendant des années en prison, sans aucune aide juridique ni aucun espoir de justice, en n’étant souvent même pas sûr du crime dont ils sont accusés, l’Etat a porté son attention sur ce qu’il appelle «les agents de surface » (OGW-Overground Workers : agents non clandestins qui dirigeraient le mouvement NDT) dans les villes.

Saibaba

Déterminé à ne pas permettre la répétition de la situation, dont il a hérité, le ministre des affaires intérieures de l’Union a énoncé clairement ses intentions dans son affidavit déposé en 2013 devant la Cour suprême. Il y a déclaré: « Les idéologues et les partisans du PCI (maoïste) dans les villes et les villes ont entrepris une propagande concertée et systématique contre l’Etat visant à le dénigrer… ce sont ces idéologues qui ont gardé le mouvement maoïste vivant et sont à bien des égards plus dangereux que les cadres l’Armée de Guérilla de Libération du Peuple. »

Entrez Dr Saibaba!

Nous savions qu’il était un homme visé lorsque plusieurs histoires hyperboliques sur lui et clairement calculées ont commencé à paraître dans les journaux. (Quand ils ne disposent pas de preuves réelles, la meilleure option restante-essayée et testée, est de créer un climat de suspicion autour de leur proie.)

Le Dr Saibaba était l’un des principaux mobilisateurs de la campagne contre l’opération Green Hunt. Le gouvernement a été humilié en niant l’existence d’une telle opération. Maintenant, il s’agit d’une opération Sans Nom.

Le 12 Septembre 2013, son domicile a été perquisitionné par 50 policiers armés d’un mandat de perquisition délivré pour vol de biens par un magistrat d’Aheri, une petite ville dans le Maharashtra. Ils n’ont pas trouvé de biens volés. Au contraire, ils ont emporté (volé?) ses biens. À savoir, son ordinateur portable personnel, ses disques durs et clés USB. Deux semaines plus tard, Suhas Bawache, le magistrat instructeur de l’affaire, a appelé le Dr Saibaba et lui a demandé les mots de passe pour accéder aux disques durs. Il les leur donna. Le 9 Janvier 2014, une équipe de policiers l’a interrogé à son domicile pendant plusieurs heures. Et le 9 mai, ils l’ont enlevé. Cette même nuit, ils l’ont emmené en avion pour Nagpur et à partir de là l’ont conduit à Aheri puis sont retournés à Nagpur avec une escorte de centaines de policiers en jeeps et en véhicules à l’épreuve des mines. Il a été incarcéré dans la prison centrale de Nagpur dans ses fameuses « cellules Anda », rejoignant ainsi les trois cents mille prévenus qui se pressent dans les prisons de notre pays. Au milieu de cette opération théâtrale de haut vol, son fauteuil roulant a été endommagé. Le Dr Saibaba est reconnu « handicapé à 90% ». Afin d’éviter que sa condition physique ne se détériore davantage, il a besoin de soins constants, de physiothérapie et de médicaments. Malgré cela, il a été jeté dans une cellule nue (où il est toujours) sans personne pour l’aider, même à utiliser les toilettes. Il a dû ramper à quatre pattes. Rien de tout cela ne tomberait sous la définition de la torture. Bien sûr que non. Le grand avantage que l’état a envers ce prisonnier particulier est qu’il n’est pas un prisonnier normal. Il peut être cruellement torturé, voire même tué, sans pour autant que personne ne l’ait effleuré.

Le lendemain matin, les journaux de Nagpur montraient en première page des photos de l’équipe lourdement armés de la police de Maharashtra posant fièrement avec leur trophée, le redouté terroriste, le professeur pow (prisonnier de guerre), dans son fauteuil roulant endommagé.

Il a été inculpé en vertu de l’UAPA, articles 13 (prendre part à / préconiser / être complice de / inciter à la commission d’une activité illégale), article 18 (conspirer / tenter de commettre un acte terroriste), article 20 (être membre d’un groupe ou d’une organisation terroriste), article 38 (association avec une organisation terroriste avec l’intention de poursuivre ses activités) et article 39 (inviter au soutien et organisation de réunions dans le but d’encourager le soutien à une organisation terroriste.) Il a été accusé d’avoir donné une puce d’ordinateur à Hem Mishra, un étudiant de JNU (Jawaharlal Nehru University de New Delhi NDT)

, afin qu’il la transmette au camarade Narmada du PCI (maoïste). Hem Mishra a été arrêté à la gare de Ballarshah en août 2013 (voir son histoire ici) et est incarcéré à Nagpur prison avec le Dr Saibaba (il a depuis été libéré NDT). Les trois autres co-accusés avec eux dans cette «conspiration» sont en liberté sous caution.

Un des autres infractions graves figurant dans l’acte d’accusation est que le Dr Saibaba est le co-secrétaire du Front Révolutionnaire Démocratique (RDF), une organisation qui est interdite dans l’Orissa et l’Andhra Pradesh où elle est soupçonnée d’être l’organisation maoïste de «front». Elle n’est pas interdite à Delhi. Ni dans le Maharashtra. Le président de RDF est Varavara Rao, le célèbre poète qui vit à Hyderabad.

Le procès du Dr Saibaba n’a pas commencé. Quand il le sera, il sera susceptible de prendre des mois, voire des années. La question est, une personne handicapée à 90% peut-elle survivre dans ces conditions de détention épouvantables pendant si longtemps?

Dans l’année qu’il a passé en prison, son état physique s’est détérioré de façon alarmante. Il souffre, d’une douleur atroce et constante. (Les autorités de la prison ont décrit cela serviablement comme «tout à fait normal » pour les victimes de la polio.) Sa moelle épinière a dégénéré. Elle s’est tordue et pousse contre ses poumons. Son bras gauche a cessé de fonctionner. Le cardiologue à l’hôpital local où les autorités de la prison l’ont emmené pour un test a demandé qu’il subisse de toute urgence une angioplastie. S’il subit une angioplastie, compte tenu de son état de santé et des conditions de détention, le pronostic est désastreux. S’il ne subit pas cette opération, et demeure incarcéré, c’est aussi désastreux. Maintes et maintes fois les autorités de la prison lui ont refusé de médicament qui est vital non seulement pour son bien-être, mais aussi à sa survie. Quand ils lui autorisent les médicaments, ils lui interdisent le régime spécial qui est censé l’accompagner.

Malgré le fait que l’Inde est partie à des conventions internationales sur les droits des personnes handicapées, et que la législation indienne interdit expressément l’incarcération d’une personne qui est handicapée en tant que prévenue pendant une période prolongée, la libération sous caution du Dr Saibaba a été refusée à deux reprises par le tribunal. La seconde fois, le cautionnement a été refusé parce que les autorités de la prison ont déclaré au tribunal qu’elles lui donnaient le soin particulier spécifique requis pour une personne dans son état. (Ils ont permis à sa famille de remplacer son fauteuil roulant.) Dans une lettre de la prison, le Dr Saibaba a déclaré que le jour où l’ordre de refus de libération sous caution fut rendu, le soin particulier a été retiré. Désespéré, il a entamé une grève de la faim. Après quelques jours, il a été emmené inconscient à l’hôpital.

Pour les besoins du raisonnement, laissons la décision à savoir si le Dr Saibaba est coupable ou innocent des accusations portées contre lui devant les tribunaux. Et pour un instant portons uniquement notre attention sur la question de la liberté sous caution, parce que pour lui c’est littéralement une question de vie ou de mort.

Peu importe les accusations portées contre lui, le professeur Saibaba devrait-il bénéficier d’une libération sous caution ? Voici une liste de quelques figures bien connues du public et de fonctionnaires du gouvernement à qui une libération sous caution a été accordée.

Le 23 Avril, 2015, Babu Bajrangi, reconnu coupable et condamné à la prison à vie pour son rôle dans le massacre de Naroda Patiya dans lequel 97 personnes ont été assassinées en plein jour en 2002, a été libéré sous caution par la Haute Cour du Gujarat pour une « opération urgente des yeux » . Voici comment Babu Bajrangi avec ses propres mots parle du crime qu’il a commis: «Nous n’a pas épargné une seule boutique musulmane, nous avons tout enflammé, nous les avons enflammés et les avons tués – taillés, brûlé, enflammés .. .. Nous avons la foi dans le fait de les enflammer parce que ces salauds ne veulent pas être incinérés. Ils en ont peur. » « Après les avoir tués, je me sentais comme Maharana Pratap (guerrier mort en 1540 NDT) » in Tehelka, le 1er Septembre 2007

Saibaba

Une opération des yeux, vraiment? Eh bien peut-être! à la réflexion, il est vraiment urgent qu’il remplace les lentilles meurtrières qu’il semble utiliser pour voir le monde à travers pour avec quelque chose de moins stupide et moins dangereux.

Le 30 Juillet 2014, Maya Kodnani, un ancien ministre du gouvernement Modi dans le Gujarat, reconnu coupable de ce même massacre Naroda Patiya et qui purgeait une peine de 28 ans pour en avoir été reconnu comme la «cheville ouvrière», a été libéré sous caution par la Haute Cour du Gujarat. Kodnani est médecin et dit qu’elle souffre de tuberculose intestinale, d’une maladie cardiaque, de dépression clinique et d’un problème spinal. Sa peine a été suspendue.

Ils ont permis le remplacement de son fauteuil mais  ont refusé à Saibaba la libération sous caution à deux reprises. Babu Bajrangi en bénéficia pour la chirurgie oculaire. Peut-être qu’il va remplacer la lentille meurtrière, avec laquelle il voit le monde.

Amit Shah, également un ancien ministre dans le gouvernement Modi dans le Gujarat, a été arrêté en Juillet 2010, et accusé d’avoir ordonné l’exécution extrajudiciaire de trois personnes-Sohrabuddin Sheikh, son épouse Kausar Bi et Tulsiram Prajapati. Le CBI (Central Bureau of Investigation) a produit des enregistrements téléphoniques montrant que Shah était en contact constant avec les fonctionnaires de police qui ont tenu les victimes en détention illégale avant qu’elles soient assassinées, et que le nombre d’appels téléphoniques entre lui et les fonctionnaires de police a atteint des records au cours de ces jours. Amit Shah a été libéré sous caution trois mois après son arrestation. (Par la suite, après une série d’événements troublants et mystérieux, il a été blanchi). Il est actuellement le président du BJP, et le bras droit du Premier ministre Narendra Modi.

Le 22 mai 1987, 42 hommes musulmans rassemblés dans un camion par le Provincial Armed Constabulary (PAC) ont été abattus de sang-froid à la périphérie de Hashimpura et leurs corps ont été jetés dans un canal. Dans l’affaire, dix-neuf membres de la PAC ont été accusés. Tous ont été autorisés à rester en service, ont bénéficié de leurs promotions et de bonus comme tout le monde. Treize ans plus tard, en l’an 2000, 16 d’entre eux se sont rendus (trois étaient morts). Ils ont été libérés sous caution immédiatement. Il y a quelques semaines, en mars 2015, tous les 16 ont été acquittés pour manque de preuves.

Hany Babu, un professeur à l’Université de Delhi et membre du Comité pour la défense et la libération de Saibaba, a récemment pu rencontrer le Dr Saibaba pendant quelques minutes à l’hôpital. Le 23 Avril, 2015, lors d’une conférence de presse, qui a plus ou moins été passée sous silence, Hany Babu a décrit les circonstances de la rencontre: le Dr Saibaba, lui a parlé sous perfusion saline en étant assis dans son lit. Un garde de sécurité était derrière lui avec un AK-47 pointé sur sa tête. Il était de son devoir de s’assurer que le prisonnier ne fuie pas sur ses jambes paralysées.

Le Dr Saibaba sortira-t-il en vie de la prison centrale de Nagpur? Le veulent-ils? Il y a beaucoup à penser que ce n’est pas le cas.

Ceci est ce que nous tolérons, ce pour quoi nous votons, ce avec quoi nous sommes d’accord.

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D’autres écrits d’Arundhati Roy ici, ici, ici, ici,  et !



« L’Inde est la plus grande non-démocratie » Interview de GN Saibaba by CSR Inde
Une republication de cet interview datant de 2011.

Des unités spéciales paramilitaires sont censées lutter contre la guérilla maoïste (Christophe Payet).

(De New Delhi) Il enseigne la littérature à la Delhi university. Bien loin de la guérilla maoïste implantée au cœur de l’Inde rurale et tribale, ceux que l’on appelle les Naxalites, du nom du village de Naxalbari où une première révolte paysanne eu lieu en 1967.

G.N. Saïbaba fait pourtant partie des anti-impérialistes indiens qui comprennent les causes de l’insurrection. Cet intellectuel préfère se présenter comme un « activiste social ». Vice-président du Front révolutionnaire démocratique indien, il n’a pas de liens publics directs avec les rebelles ou avec le Parti communiste d’Inde-maoïste (CPI-maoist), classé parmi les organisations terroristes.

G.N. Saïbaba

S’il tient un discours emprunt d’idéologie, il décrit néanmoins avec justesse la réalité de l’Inde rurale où les expropriations et la corruption jettent les paysans dans les bras des insurgés. Il dénonce aussi avec virulence la répression massive de l’opération « Green Hunt ».

Alors que j’effectuais un reportage en Inde, G.N. Saïbaba m’a reçu chez lui pour exposer les raisons d’une véritable guerre civile, qui a fait plus de 1 100 morts l’an dernier et qui représente, selon le Premier ministre Manmohan Singh, « la plus grave menace intérieure ».

Christophe Payet : L’Inde est souvent qualifiée de « plus grande démocratie du monde ». Qu’en pensez-vous ?

G.N. Saïbaba  : Il n’y a pas de démocratie en Inde. Ce n’est qu’une façade. Il y a des institutions, mais elles sont toutes vides, y compris le Parlement. Nous devons construire une démocratie authentique dans ce pays. Le peuple doit pouvoir prendre les décisions.

L’Inde est aujourd’hui peuplée de plus de 80% de pauvres. Ils n’ont pas d’éducation, sont sans-abri. Il y a pourtant d’importantes ressources. Mais tout est confisqué par la poignée de gens qui dirige le pays. En réalité, c’est la plus grande non-démocratie.

Votre combat se focalise notamment autour de la propriété des terres…

Oui, c’est le plus grand problème auquel fait face l’Inde aujourd’hui. Le peuple ne contrôle pas les ressources. Seulement 10% de la population possède 80% du sol. Les ressources minérales, les forêts, l’eau sont concentrées entre quelques mains.

Au cours des cinq dernières années, la prise de contrôle s’est intensifiée. De grandes multinationales ont signé d’importants contrats d’exploitation minière. Avec les zones économiques spéciales, ce sont de véritables territoires étrangers qui sont créés au cœur de l’Inde.

Les gens sont expulsés de leurs terres. Alors ils résistent. Un vaste mouvement est en train de se mettre en place. La plupart du temps, les gens ont réussi à s’opposer à l’implantation de ces entreprises. Mais le gouvernement essaie de tuer ce peuple qui résiste en déployant d’importantes forces armées, paramilitaires et forces de police spéciales.

La majorité de l’armée indienne est aujourd’hui déployée contre le peuple indien. Il y a une guerre civile. Le peuple d’un côté, les dirigeants de l’autre.

Pensez-vous pouvoir gagner cette guerre ?

Le peuple a déjà gagné dans certaines zones. La plupart des grands projets industriels menées par de grandes firmes multinationales sont mis à mal par la résistance populaire. A Singur, dans le Bengale-Occidental, l’expropriation de centaines d’hectares de terre a du être abandonnée face aux protestations.

Dans l’Orissa, Vedenta a dû renoncer à étendre sa raffinerie d’aluminium. C’est aujourd’hui Posco qui voit son projet d’usine métallurgique bloqué. Et il y a des centaines d’exemples partout. Pour la première fois dans le monde, les expulsions et déplacements de populations sont stoppées avec beaucoup de succès.

Principaux Etats touchés par la guérilla maoïste, cliquez pour agrandir (Christophe Payet)La guerre est plus intensive dans les Etats du Chhattisgarh, l’Orissa, le Jharkhand, une partie du Bengal, du Maharashtra, et de l’Andhra Pradesh. Cela correspond à l’est et au centre du pays, où 90% des ressources sont situées. Ce sont les zones tribales. Les maoïstes y sont très présents, pour organiser les masses. Avec ou sans les eux, le peuple se bat.

Mais dans la plupart de ces régions, les maoïstes progressent. Et là où ils sont, le combat devient plus intense. On peut dire qu’un tiers environ de ce pays est directement ou indirectement sous l’influence du mouvement révolutionnaire. La guerre civile est déjà gagnée dans des endroits importants.

Mais le CPI-maoist est classé parmi les organisations terroristes…

Pour le gouvernement et les partis au pouvoir, quiconque résiste est un terroriste. Ils ont interdit toutes les organisations qui se battent. Les musulmans, les adivasis [aborigènes indiens, ndlr] sont considérés comme des terroristes. Les maoïstes ne sont pas des terroristes, car ils ne tuent pas indistinctement. Ils travaillent pour le peuple. Ils sont en train de devenir le plus grand instrument d’auto-organisation du peuple.

De toutes façons, l’interdiction du parti ne peut être appliquée que dans les villes. Là où les maoïstes sont puissants et là où l’armée du peuple est présente, l’interdiction est inefficace. Dans certaines régions, comme dans le Chhattisgarh ou le Jharkhand, ce sont les conseils populaires révolutionnaires qui dirigent.

Avec le lancement de l’opération « Green Hunt », le déploiement militaire ne semble pourtant pas ouvrir la voie d’une victoire maoïste ?

Selon les estimations non officielles, il y a 250 000 hommes des forces spéciales déployés contre les adivasis et les maoïstes. Cela en fait la plus grande force armée déployée contre le peuple. Le gouvernement indien a militarisé une grande partie de l’Inde. Au Cashemire, dans le centre et dans l’est, c’est l’armée qui est réellement au pouvoir.

C’est une longue longue bataille. Des maoïstes sont tués chaque jour. Mais le mouvement prend de l’ampleur. Les maoïstes gardent le dessus. Après que l’opération « Green Hunt » ait été lancée, l’influence maoïste a augmenté. Elle se développe dans de nouvelles régions. L’opération « Green Hunt » est en train d’échouer. Les brutalités des forces paramilitaires créent plus de résistance. Nous sommes dans une situation où le gouvernement indien ne peut plus gagner.

Les maoïstes parviennent-ils à s’implanter en milieu urbain ?

Les maoïstes ont une stratégie : s’implanter dans les régions rurales. C’est là que l’Etat indien est le moins présent. La paysannerie constitue la principale force de combat pour les maoïstes. Ils se développent aussi dans les aires urbaines de manière croissante. Mais c’est moins visible, car ils se s’y battent pas avec des armes. Ils n’agissent pas sous le nom de maoïstes, et doivent utiliser des couvertures. Mais ils agissent pour mobiliser politiquement les classes de travailleurs.

Quelle est la priorité : la prise du pouvoir ou le bien-être des populations tribales ?

La priorité est d’organiser la paysannerie en force de combat. Sans l’armée du peuple, la lutte politique ne peut pas avancer. Bien sûr c’est l’avancée politique qui reste l’objectif central. Mais comme le mouvement politique est violemment étouffé, l’armée du peuple doit pouvoir se battre.

Est-ce que la guérilla ne pénalise finalement pas les paysans, premières victimes de la lutte anti-maoïste ?

Il est vrai que les militaires tuent les paysans au nom de la lutte anti-maoistes. Ils brûlent des villages, violent les femmes, torturent, coupent les lèvres. Mais il n’y a plus d’autre option pour le peuple aujourd’hui. Les habitants des zones rurales ne voient plus l’Etat comme quelque chose qui pourrait les aider. Le parti maoïste devient le seul protecteur.

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Opérations Anti-maoïstes dans le Chhattisgarh: réussites et proclamations de succès – Analyse by CSR Inde

Conformément aux discours de New Delhi gouverné par l’Alliance nationale démocratique (NDA) qui adopterait une approche intransigeante contre l’extrémisme de gauche, depuis deux mois, une opération est en cours dans le Chhattisgarh pour déloger les cadres du Parti communiste de l’Inde-Maoïste (PCI maoïste) de leurs bastions situés dans les districts de Bijapur et Sukma du Sud Bastar. Un objectif essentiel des opérations est de neutraliser les hauts dirigeants maoïstes avec la conviction qu’en cas de succès, le mouvement ayant perdu ses dirigeants s’écroulerait rapidement. Cette formule a déjà été adoptée par le passé avec un succès discutable.

Voici deux caractéristiques notables des opérations actuelles. Tout d’abord, il y a suffisamment d’indications que l’opération en cours est motivée par une stratégie actée à Delhi. En Octobre 2015, une visite d’AK Doval, le conseiller de sécurité nationale et de K Vijay Kumar, le conseiller spécial de sécurité (sécurité intérieure) au ministère des Affaires intérieures (MHA) du Chhattisgarh a lancé l’initiative. Deuxièmement, dans une certaine mesure, les opérations actuelles sont un peu comparables à l’opération Green Hunt en 2010, qui avait amassé un grand nombre de forces avec l’intention d’écraser au bulldozer le mouvement extrémiste et de le réduire à néant. Cette fois, la Central Reserve Police Force (CRPF) a déployé 11 de ses bataillons à Sukma et huit autres bataillons à Bijapur. Il en résulte que, près de 25 000 membres des forces de sécurité, y compris les forces de police de l’État sont actuellement en service dans les deux districts.

Selon la police du Chhattisgarh, trois nouveaux développements différencient du passé l’opération en cours. Tout d’abord, il y a une augmentation dans le niveau de coordination entre les forces centrales et celles de la police de l’Etat. Deuxièmement, la coordination et l’échange de renseignements avec les États voisins se sont améliorés. Et enfin, la direction de la police de l’État a été en mesure d’utiliser de manière optimale la District Reserve Guard (DRG) constituée principalement des tribus Koya. En Juin et Juillet environ 500 policiers du Chhattisgarh principalement de Sukma et Dantewada districts ont suivi une formation de contre-insurrection de 45 jours dans l’Assam en vue des opérations. Cela a permis à la police d’effectuer des opérations, même pendant la saison de la mousson sèche.

Les meurtres de 10 maoïstes, dont cinq «commandants» dans les districts de Sukma et Bijapur en novembre figurent parmi les grands «succès» revendiqués par la police. Dans la première semaine de décembre, la police a également affirmé que 26 maoïstes dont sept cadres de haut niveau se sont rendus dans le district de Sukma. Le PCI-maoïste, a, de son côté, mis en cause ces affirmations. Avec une référence particulière à la reddition de ces « 26 maoïstes », le mouvement a affirmé que ce sont des villageois non connectés au mouvement qui ont été montrés par la police comme s’étant rendus. Des enquêtes menées par des médias indépendants ont confirmé la version maoïste. Il a été montré qu’au moins trois personnes désignées comme des maoïstes par la police sont en fait de petits criminels qui se sont déclarés « maoïstes » sous la pression de la police. La plupart du temps, la situation d’intense conflit rend difficile la vérification de ces affirmations et contre-affirmations. Cependant, dans l’Etat, il y a des précédents de fausses redditions.

Des excès et des violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité ont également été rapportés à côté de ces «succès». La violence de grande ampleur utilisée par une section des deux compagnies de forces de sécurité qui a mené des opérations dans cinq villages du district de Bijapur entre les 19 et 24 Octobre, inclut le viol d’une femme enceinte et d’une adolescente; le pillage des objets en argent, du bétail, et de la nourriture; le saccage des maisons; et l’intimidation des villageois. Jusqu’ici, une enquête menée par le service de police n’a donné lieu à aucune arrestation. Dans ces régions éloignées, l’habitude de l’Etat de ne pas poursuivre des coupables similaires dans le passé a en effet renforcé une culture d’impunité parmi les forces de sécurité.

papa rao naxalite

Pour les analystes, le niveau de motivation des cadres maoïstes et les stratégies futures du mouvement sont surtout sujets à spéculations. Alors que, pour des raisons connues, l’Etat insiste sur un profond état de désespoir parmi les maoïstes conduisant à des désertions fréquentes, une rare interview de Papa Rao, un leader maoïste et l’un des planificateurs de l’attaque de Chintalnar contre le CRPF en 2010 et qui avait coûté la vie à 76 personnes, a montré une image différente. Papa Rao, tout en reconnaissant la faiblesse temporaire du mouvement, a rejeté la possibilité d’un processus de paix avec le gouvernement et a souligné l’engagement du mouvement à une longue guerre contre l’Etat. « La violence sera la mère de la paix, » a-t-il revendiqué.

En dépit des grandes proclamations de la police du Chhattisgarh, la perspective d’une opération couronnée par un succès retentissant reste douteuse. Au sein des forces de police, les déficiences structurelles et opérationnelles persistent. Peu de progrès ont été accomplis dans la collecte de renseignements au niveau du terrain. Les efforts de l’État menés afin de trouver un accord avec les tribus restent un projet inachevé. Comme elle en a l’habitude, la bureaucratie reste aussi peu favorable et ne joue toujours pas un rôle actif dans les projets de développement. C’est cela qui sans doute pousse la direction de police à fabriquer ses « succès ». Cela, n’est cependant, pas tant une surprise. La vraie surprise réside dans la croyance persistante de New Delhi que les forces de sécurité avec un moral bas et dirigées par des chefs de qualité douteuse pourront s’extirper d’un problème qui nécessite une approche beaucoup plus nuancée.

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Indiaspora. Les indiens en Nouvelle Calédonie : de la marginalisation à l’invisibilité by CSR Inde
Indiaspora. Les indiens en Nouvelle Calédonie : de la marginalisation à l’invisibilité

Pointe à Pitre. Depuis Jeudi se tient au Mémorial act un important colloque sur les « langues de l’inde dans ses diasporas ». Des chercheurs venus de toute l’indiaspora y participent. Jean Sahai qui est indo-Guadeloupéen, a présenté une contribution résultat d’ une collaboration fructueuse avec Karin Speedy, professeur à Macquarie University en Australie.

Environ 600 dits « coolies » expérimentés de la Réunion, nés soit en Inde, soit à la Réunion, créolophones sans doute pour la plupart, débarquent entre 1863 et 1875, pour aider les planteurs réunionnais à établir une industrie sucrière sur le « Caillou ». Ainsi arrivent, par exemple le 13 janvier 1867 sur la Bonite, avec un M. Guillonneau, « les travailleurs Sinatamby,Carpin, Ramassamy, Virassamy, Inassimoutou, Pougavanou, indienne et son enfant. » La centaine arrivée avant 1868 travaillera dans la canne à sucre, à Dumbéa. Les sucriers réclameront plus de ces Bras d’Inde nommés « coolies ».

En 1868 le Gouverneur Guillain de la Nouvelle-Calédonie demande au Ministère de la Marine et des Colonies de faciliter l’introduction de plus de travailleurs indiens dans la colonie. Il lui est répondu qu’aux termes d’une convention franco-britannique de 1861, l’immigration indienne est limitée aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion et de la Guyane.

D’autres Indiens, des sujets britanniques surtout, seront acheminés en Nouvelle-Calédonie Les maltraitances, les heures de travail supplémentaire forcé, la privation de nourriture, les châtiments corporels et autres brutalités déjà commises à la Réunion, seront cause de conduites non-exemplaires des Indiens en Nouvelle-Calédonie. Traités de « ramassés sur les pavés de la Réunion », des Kichenin-Moutoussamy, Mounigarou, Ramin, Apassamy, Arnassalon ou Carpin sont accusés de désordres, vagabondages, vols, ivresse, coups, outrages à la force publique, malgré un arrêté visant à restreindre leurs mouvements des habitations vers la ville de Nouméa.

L’isolement, le climat inhospitalier, les contrats « difficiles avec leurs employeurs et contremaîtres sont à la source de nombreux problèmes que rencontrent ces travailleurs indiens ». Outre des châtiments corporels administrés par des contremaîtres libérés du bagne, gens sans connaissance du monde indien, les salaires très aléatoires et les privations de nourriture fréquentes amènent des réactions désespérées de la part des « coolies » indiens.

Quelques Indiens libérés d’engagement, déjà citoyens libres en 1869, exerceront avec le temps à Nouméa des métiers comme cuisiniers, jardiniers, matelassiers, journaliers, plantons… Ainsi Ramona, Ciriapoulé et Sinna, créent leur « établissement de blanchisserie à prix modéré, rue Duquesne ».

On note en 1870 « 11 Africains et 445 Indiens » en Nouvelle-Calédonie. En 1874, un M. Boyer emmène de la Réunion 81 Indiens adultes sur l’Anne-Marie, et MM. Alidor et Denis l’année suivante, sur le Pactole, ce qui sera vraisemblablement le dernier contingent indien venu de la Réunion, soit 64 adultes et 13 enfants, « venus de Madras, tous consentants, pourvus d’un passeport du Consul d’Angleterre, ayant déjà passé au moins cinq ans comme engagés à la Réunion ».

Les colons-cultivateurs réclamant un régime de travail pour les engagés, le Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie réglemente par arrêté « l’introduction et le régime des travailleurs asiatiques, africains et océaniens », de façon similaire aux dispositions en vigueur aux Antilles et à la Réunion : engagement de deux à cinq années avec logement, habillement, nourriture, soins médicaux, rapatriement, inhumation, hospitalisation, en échange de douze heures de travail par jour (onze en hiver). En cas d’insubordination ou de refus de travail, l’engagé sera envoyé en « atelier de discipline ». Il pourra, après un minimum de huit ans d’engagement consécutifs sur place, devenir résident libre.

On note aussi que, si les Indiens venus de la Réunion ou issus des cinq comptoirs français de l’Inde (Chandernagor, Karikal, Mahé, Pondichéry et Yanaon) sont subordonnés aux lois françaises, ceux qui sont originaires de l’Inde anglaise, du moins de la première génération, n’ont pas les mêmes droits, qu’ils sont soumis à des restrictions draconiennes…

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Au début du XXème siècle, les sauterelles, les sécheresses, les inondations et les insurrections des Kanak ont raison de l’industrie sucrière calédonienne, et elle s’effondre. Quoique nombre d’entre eux préfèrent exercer les petits métiers de Nouméa, à la Vallée du Tir, les Indiens qui sont arrivés au bout de leurs 8 années d’engagement se voient attribuer des concessions de terres à la Plaine qui sera dite « des Malabars », près de La Foa.

Mais pour la plupart, ces nouveaux propriétaires terriens échouent et ils vendent les terres à de riches spéculateurs, tandis que d’autres, n’ayant réalisé aucune installation, s’en voient dépossédés par le Domaine. Ces Indiens quittent la région de La Foa pour travailler dans les mines de la côte Est, dans les élevages de la côte Ouest, ou à l’usine de la Société Le Nickel à Nouméa.

sans rapport confirmé entre les lieux de naissance et les termes ethniques ou autres, attribués à des personnes d’origines diverses et parlant des langues diverses.

Au final du compte, un grand nombre d’Indiens ont dû rapidement s’intégrer dans la population calédonienne, perdant à la fois leur religion, leur culture et leur nom.

D’où cette réflexion de Jerry Delathière :

L’obligation d’intégration à laquelle a été soumise la communauté pour survivre l’a conduite à se soumettre, coûte que coûte, aux impératifs de la société coloniale. La pérennisation d’une culture,d’une langue, d’une religion dans un tel système de société sans concession a, bien vite, cédé la place à un impérieux besoin de survie, donc d’intégration à tout prix. Confrontés à des restrictions sévères, à des interdictions en tous genres, à un racisme latent, les pionniers indiens n’eurent qu’un souci : l’intégration de leurs enfants dans la société néo-calédonienne. Seul un mariage, de préférence dans une autre ethnie, pouvait lever ces interdits, au moins pour leurs descendants. Le métissage est ainsi apparu comme une parade efficace à la marginalisation dont souffrait la communauté.

On retrouve dans l’annuaire téléphonique actuel de la Nouvelle-Calédonie des personnes ayant pour nom Arsapin, Kichenin, Parodi, Ramassamy, Rangassamy, Velayoudon, Viramoutoussamy, Virapin-Apou, Virassamy…

L’assimilation par métissage des Indiens, aujourd’hui « désapparus » en Nouvelle-Calédonie fut un fait rapide. Si, comme l’explique Roux, ceux de la première génération vécurent repliés sur eux-mêmes, la deuxième génération s’ouvrit sur les milieux de la colonie, ce qui explique le large mélange actuellement constaté, et son corollaire atypique : la rareté du phénotype indien dans la population.

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