Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Indiaspora. Les indiens en Nouvelle Calédonie : de la marginalisation à l’invisibilité by CSR Inde
Indiaspora. Les indiens en Nouvelle Calédonie : de la marginalisation à l’invisibilité

Pointe à Pitre. Depuis Jeudi se tient au Mémorial act un important colloque sur les « langues de l’inde dans ses diasporas ». Des chercheurs venus de toute l’indiaspora y participent. Jean Sahai qui est indo-Guadeloupéen, a présenté une contribution résultat d’ une collaboration fructueuse avec Karin Speedy, professeur à Macquarie University en Australie.

Environ 600 dits « coolies » expérimentés de la Réunion, nés soit en Inde, soit à la Réunion, créolophones sans doute pour la plupart, débarquent entre 1863 et 1875, pour aider les planteurs réunionnais à établir une industrie sucrière sur le « Caillou ». Ainsi arrivent, par exemple le 13 janvier 1867 sur la Bonite, avec un M. Guillonneau, « les travailleurs Sinatamby,Carpin, Ramassamy, Virassamy, Inassimoutou, Pougavanou, indienne et son enfant. » La centaine arrivée avant 1868 travaillera dans la canne à sucre, à Dumbéa. Les sucriers réclameront plus de ces Bras d’Inde nommés « coolies ».

En 1868 le Gouverneur Guillain de la Nouvelle-Calédonie demande au Ministère de la Marine et des Colonies de faciliter l’introduction de plus de travailleurs indiens dans la colonie. Il lui est répondu qu’aux termes d’une convention franco-britannique de 1861, l’immigration indienne est limitée aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion et de la Guyane.

D’autres Indiens, des sujets britanniques surtout, seront acheminés en Nouvelle-Calédonie Les maltraitances, les heures de travail supplémentaire forcé, la privation de nourriture, les châtiments corporels et autres brutalités déjà commises à la Réunion, seront cause de conduites non-exemplaires des Indiens en Nouvelle-Calédonie. Traités de « ramassés sur les pavés de la Réunion », des Kichenin-Moutoussamy, Mounigarou, Ramin, Apassamy, Arnassalon ou Carpin sont accusés de désordres, vagabondages, vols, ivresse, coups, outrages à la force publique, malgré un arrêté visant à restreindre leurs mouvements des habitations vers la ville de Nouméa.

L’isolement, le climat inhospitalier, les contrats « difficiles avec leurs employeurs et contremaîtres sont à la source de nombreux problèmes que rencontrent ces travailleurs indiens ». Outre des châtiments corporels administrés par des contremaîtres libérés du bagne, gens sans connaissance du monde indien, les salaires très aléatoires et les privations de nourriture fréquentes amènent des réactions désespérées de la part des « coolies » indiens.

Quelques Indiens libérés d’engagement, déjà citoyens libres en 1869, exerceront avec le temps à Nouméa des métiers comme cuisiniers, jardiniers, matelassiers, journaliers, plantons… Ainsi Ramona, Ciriapoulé et Sinna, créent leur « établissement de blanchisserie à prix modéré, rue Duquesne ».

On note en 1870 « 11 Africains et 445 Indiens » en Nouvelle-Calédonie. En 1874, un M. Boyer emmène de la Réunion 81 Indiens adultes sur l’Anne-Marie, et MM. Alidor et Denis l’année suivante, sur le Pactole, ce qui sera vraisemblablement le dernier contingent indien venu de la Réunion, soit 64 adultes et 13 enfants, « venus de Madras, tous consentants, pourvus d’un passeport du Consul d’Angleterre, ayant déjà passé au moins cinq ans comme engagés à la Réunion ».

Les colons-cultivateurs réclamant un régime de travail pour les engagés, le Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie réglemente par arrêté « l’introduction et le régime des travailleurs asiatiques, africains et océaniens », de façon similaire aux dispositions en vigueur aux Antilles et à la Réunion : engagement de deux à cinq années avec logement, habillement, nourriture, soins médicaux, rapatriement, inhumation, hospitalisation, en échange de douze heures de travail par jour (onze en hiver). En cas d’insubordination ou de refus de travail, l’engagé sera envoyé en « atelier de discipline ». Il pourra, après un minimum de huit ans d’engagement consécutifs sur place, devenir résident libre.

On note aussi que, si les Indiens venus de la Réunion ou issus des cinq comptoirs français de l’Inde (Chandernagor, Karikal, Mahé, Pondichéry et Yanaon) sont subordonnés aux lois françaises, ceux qui sont originaires de l’Inde anglaise, du moins de la première génération, n’ont pas les mêmes droits, qu’ils sont soumis à des restrictions draconiennes…

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Au début du XXème siècle, les sauterelles, les sécheresses, les inondations et les insurrections des Kanak ont raison de l’industrie sucrière calédonienne, et elle s’effondre. Quoique nombre d’entre eux préfèrent exercer les petits métiers de Nouméa, à la Vallée du Tir, les Indiens qui sont arrivés au bout de leurs 8 années d’engagement se voient attribuer des concessions de terres à la Plaine qui sera dite « des Malabars », près de La Foa.

Mais pour la plupart, ces nouveaux propriétaires terriens échouent et ils vendent les terres à de riches spéculateurs, tandis que d’autres, n’ayant réalisé aucune installation, s’en voient dépossédés par le Domaine. Ces Indiens quittent la région de La Foa pour travailler dans les mines de la côte Est, dans les élevages de la côte Ouest, ou à l’usine de la Société Le Nickel à Nouméa.

sans rapport confirmé entre les lieux de naissance et les termes ethniques ou autres, attribués à des personnes d’origines diverses et parlant des langues diverses.

Au final du compte, un grand nombre d’Indiens ont dû rapidement s’intégrer dans la population calédonienne, perdant à la fois leur religion, leur culture et leur nom.

D’où cette réflexion de Jerry Delathière :

L’obligation d’intégration à laquelle a été soumise la communauté pour survivre l’a conduite à se soumettre, coûte que coûte, aux impératifs de la société coloniale. La pérennisation d’une culture,d’une langue, d’une religion dans un tel système de société sans concession a, bien vite, cédé la place à un impérieux besoin de survie, donc d’intégration à tout prix. Confrontés à des restrictions sévères, à des interdictions en tous genres, à un racisme latent, les pionniers indiens n’eurent qu’un souci : l’intégration de leurs enfants dans la société néo-calédonienne. Seul un mariage, de préférence dans une autre ethnie, pouvait lever ces interdits, au moins pour leurs descendants. Le métissage est ainsi apparu comme une parade efficace à la marginalisation dont souffrait la communauté.

On retrouve dans l’annuaire téléphonique actuel de la Nouvelle-Calédonie des personnes ayant pour nom Arsapin, Kichenin, Parodi, Ramassamy, Rangassamy, Velayoudon, Viramoutoussamy, Virapin-Apou, Virassamy…

L’assimilation par métissage des Indiens, aujourd’hui « désapparus » en Nouvelle-Calédonie fut un fait rapide. Si, comme l’explique Roux, ceux de la première génération vécurent repliés sur eux-mêmes, la deuxième génération s’ouvrit sur les milieux de la colonie, ce qui explique le large mélange actuellement constaté, et son corollaire atypique : la rareté du phénotype indien dans la population.

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