Comité de Soutien à la Révolution en Inde


L’Inde en révolution – Extrait des cahiers du bolchévisme juin 1930 by CSR Inde

(Matériaux d’information)

L’Inde est aujourd’hui le foyer de la lutte émancipatrice des centaines de millions d’esclaves coloniaux qui sont asservis et exploités par l’impérialisme britannique.

Le mouvement d’émancipation nationale s’est développé avec une extrême rapidité. De mouvement constitutionnel dirigé par la petite-bourgeoisie, il est devenu un mouvement révolutionnaire de masse dirigé par les ouvriers. Sous la pression de plus en plus forte de l’exploitation impérialiste et en dépit de la politique des dirigeants bourgeois qui tendent à un compromis avec l’impérialisme, les masses hindoues, sous la direction des ouvriers industriels, passent à la révolte ouverte pour conquérir de haute lutte leur libération nationale et sociale.

L’exploitation impérialiste dans l’Inde

L’Inde, avec sa superficie de 4.620.000 kilomètres carrés et ses 325 millions d’habitants, occupe une place à part dans l’Empire mondial britannique. Elle est le pilier de la puissance anglaise. Sur 4 sujets de l’Empire, 3 sont Hindous. La Conquête du marché de l’Inde a fourni au développement industriel britannique, une base de premier ordre. Un milliard de livres sterling a été investi par l’Angleterre dans l’Inde. C’est en grande partie grâce aux profits réalisés dans cette contrée que la bourgeoisie du Royaume-Uni a corrompu la couche supérieure de la classe ouvrière anglaise qui fournit les cadres du labourisme.

La misère des travailleurs hindous est immense. Une enquête des Trade Unions effectuée il y a un an et demi, les conclusions de plusieurs rapports parlementaires sur la situation dans l’Inde, les statistiques de la Fédération internationale textile, permettent d’établir le bilan de la domination anglaise et de ses conséquences sur la situation des ouvriers hindous.

Voici le tableau comparé de la consommation moyenne d’un ouvrier de Bombay et d’un délinquant emprisonné:

L’ouvrier absorbe 1 liv. 29 de pain et de farine, le détenu   1,50

  • — 0,03 de bœuf et de mouton            —        0,04
  • — 1,54 de consommation totale         —        1,8

Les pensionnaires des prisons vivent moins misérablement que les libres sujets de S.M. britannique!

Le salaire mensuel d’un coolie dans les plantations de thé est de 7 à 15 roupies (1 roupie = 1 shilling 6 pence, environ 9 fr. 50).

Pour être embauché, l’ouvrier hindou doit promettre au recruteur un pot de vin. Une fois embauché, il est soumis à toutes sortes d’amendes. Si pour payer son loyer et ses impôts il emprunte, il devient la proie des usuriers.

La main-d’œuvre féminine joue un rôle considérable. Sur 747.661 ouvriers employés dans les plantations de thé, il y a 362.825 femmes contre 384.836 hommes. Viennent ensuite par ordre d’importance : l’industrie cotonnière, les mines, l’industrie du jute. Des femmes et des enfants de 13 ans sont employés dans le travail au fond des mines.

Les familles ouvrières vivent dans des conditions de logement effroyables. L’opium fait dans la population laborieuse des ravages effroyables. 98 % des enfants des ouvriers industriels absorbent de l’opium que leur donnent leurs mères pour les faire dormir pendant les heures de travail. Il meurt chaque année, à Bombay, dans leur première année, 372 bébés sur 1.000 naissances vivantes.

La durée moyenne de la vie dans l’Inde est tombée de 32 ans en 1870 à 22 ans en 1921.

L’Angleterre entretient dans l’Inde les querelles religieuses. Dresser les hindous contre les musulmans dans des guerres meurtrières a été depuis des siècles la tactique des représentants de l’impérialisme britannique dans l’Inde. Il y a un an à peine, le vice-roi lord Irwin recruta dans sa police des musulmans Patans. Puis il fit répandre le bruit que les musulmans dérobaient des enfants pour les sacrifices rituels. Il fit même dérober, effectivement, de petits Hindous. Ce fut dans la population hindoue une explosion de colère. Des batailles sauvages commencèrent. Le vice-roi les prolongea à dessein pendant plusieurs jours. Après quoi, il imposa son arbitrage sur les cadavres.

L’histoire de la domination britannique

C’est en 1917 que la Grande-Bretagne, alors engagée dans la guerre impérialiste, déclara solennellement que l’Inde serait « progressivement libérée » de la « tutelle » anglaise. L’hiver suivant, l’Angleterre organisa aux Indes une enquête que dirigeaient M. Montagu et Lord Lhemsford, vice-roi des Indes.

De leur expertise sortit l’India Bill de 1919 qui fixe ainsi les règles de la domination britannique aux Indes.

Le pouvoir y est divisé entre le secrétaire d’Etat siégeant à Londres, mais représenté à Delhi par un vice-roi, et un pseudo parlement, flanqué de 10 conseils provinciaux désignés par des collèges électoraux restreints (6 millions d’électeurs à peine).

Le peuple hindou n’a jamais cessé de considérer comme insuffisantes les stipulations du Bill de 1919 et de protester contre elles.

Comme nous le verrons plus loin, un facteur nouveau est intervenu dans la lutte: la classe ouvrière qui est devenue l’élément le plus combatif de ce mouvement.

En 1927, une nouvelle Commission d’enquête, présidée par le libéral Simon, et à laquelle participaient des représentants des trois partis libéral, conservateur, travailliste, est envoyée aux Indes.

La population hindoue se refuse à s’associer à la duperie de la Commission Simon. Les commissaires, pendant tout leur voyage, sont l’objet de manifestations hostiles.

Il y a un an, l’effervescence est telle que le vice-roi, Lord Irwin, espérant apaiser l’agitation, déclare dans un discours que le gouvernement britannique est disposé à accorder, à l’Inde le Statut d’un Dominion; mais quelques jours après, Henderson et Macdonald, pressés de s’expliquer aux Communes, font machine en arrière et affirment que rien ne sera changé au statut de l’Inde.

Cette proclamation porta la colère aux Indes à son pa­roxysme, Une véritable tempête révolutionnaire souffla sur tout le pays. À la fin de l’année 1929, le vice-roi échappa par miracle à un attentat.

C’est dans cette atmosphère que se tint le Congrès pan-hindou de Lahore. Avant sa réunion, le vice-roi essaya vainement de s’entremettre avec les représentants du Congrès pour prévenir la rédaction d’un manifeste réclamant l’indépendance. Puis, sous la pression des ouvriers, le Congrès décida d’engager une campagne de désobéissance civile.

C’est cette campagne qui a commencé au début du mois de mars et qui rapidement a été débordée et s’est transformée, contre la volonté de ses initiateurs gandhistes, en agitation révolutionnaire.

La lutte de classe aux Indes

La lutte révolutionnaire hindoue, en dépit des apparences ne dresse pas l’un contre l’autre, Ghandi et le cabinet de Londres. Elle met aux prises, d’une part, les ouvriers et les paysans hindous, d’autre part, l’impérialisme britannique et la bourgeoisie nationaliste de l’Inde.

Cette bourgeoisie joue un jeu très serré. À son Congrès de Lahore, elle a dû voter des résolutions gauches, pour ne point compromettre son contact avec les masses. Mais son but n’est pas de détruire le contrôle impérialiste, mais bien de participer plus largement à l’économie capitaliste, en collaboration avec les capitalistes de Grande-Bretagne.

Ghandi et la bourgeoisie nationaliste hindoue disputent à la bourgeoisie anglaise le droit d’exploiter les ouvriers et les paysans hindous. Les représentants de la bourgeoisie nationaliste voudraient modifier les formes de la « tutelle » britannique. Leur action vise en somme à utiliser le mouvement révolutionnaire des masses, non point pour libérer l’Inde de l’exploitation capitaliste et de la domination impérialiste, mais pour favoriser le développement capitaliste national des forces productives de l’Inde.

Nous sommes arrivés à un point où ce double jeu est impossible.

Le trait le plus caractéristique du développement de la situation hindoue, c’est l’intervention du prolétariat comme force indépendante disputant victorieusement à la bourgeoisie l’hégémonie du mouvement.

Après avoir voté sous la menace d’une insurrection populaire le principe de la désobéissance civile, les leaders de la bourgeoisie hindoue ont ajourné de semaine en semaine l’application de leur décision. Ils ne se sont décidés à agir que sous la violente poussée des masses prolétariennes. Encore ont-ils eu soin de faire précéder leur campagne d’une supplique au vice-roi et d’une proclamation de fidélité à la tactique de non-violence.

Tout l’effort de Ghandi a consisté à détourner les masses ouvrières de l’action révolutionnaire, en répandant le chloroforme de la non-violence et en faisant croire qu’un miracle national rendrait superflue la Révolution

On peut dire aujourd’hui que cet effort contre-révolutionnaire a échoué. Ghandi a été débordé par le mouvement de masse qui a pris très rapidement un caractère révolutionnaire nettement accusé. Tous les appels au calme et à la modération lancés par le Mahatma sont demeurés sans effet; Son prestige a rapidement décliné et son incarcération ne pourra, en tout état de cause, redorer son blason.

La lutte serrée actuelle dresse les masses laborieuses à la fois contre l’impérialisme et contre la bourgeoisie nationale. Les masses opposent une résistance active à la police et à l’armée.

Des milliers d’ouvriers ont pris d’assaut à Karachi le tribunal suprême. À Calcutta, des centaines de mille ont manifesté contre l’arrestation de leurs militants et se sont groupés face aux fusils et aux autos blindées de la police.

Des révoltes ont éclaté dans les prisons. Des troupes se sont mutinées. Les insurrections de Chittagong et de Peshawar comptent parmi les mouvements les plus importants dans l’histoire de l’Inde. Dans les districts des « provinces réunies » et d’Allahabad, les paysans violent ouvertement la loi.

Particulièrement caractéristique de l’essor des masses et de leur maturité révolutionnaire, est la vague de grèves qui déferle sur le pays et dont les plus importantes furent: la grève du textile de Bombay, la grève des ouvriers du jute, celle des cheminots du Great Indian Péninsular, déclenchée et poursuivie malgré l’opposition des dirigeants réformistes.

La tâche à laquelle s’attache le mouvement ouvrier consiste à élever le niveau politique de ces grèves, à les lier entre elles et à coordonner leur développement.

Il lui faut pour cela résister au sabotage des leaders de la bourgeoisie nationaliste et des chefs trade-unionistes. Il lui faut également, mettant à profit l’expérience de la Révolution chinoise, établir un contact étroit avec la paysannerie, particulièrement exploitée, et qui doit être entraînée sur le front de la bataille de classe.

L’avant-garde ouvrière a concentré ses forces dans l’organisation syndicale révolutionnaire du textile: le Drapeau Rouge. Les événements de ces derniers mois placent à l’ordre du jour le renforcement du Parti communiste hindou qui doit être le centre politique dirigeant de la Révolution.

L’Inde sous la terreur travailliste

En présence du mouvement impétueux des masses, le gouvernement socialiste de Macdonald recourt aux formes extrêmes de l’oppression. Il se sert aujourd’hui de tout l’appareil de torture pour abattre la révolution.

Quelques faits : 33 dirigeants de la classe ouvrière sont incarcérés depuis plus d’un an dans la prison de Meerut et sont sujets à une parodie de procès dont la conclusion doit être leur condamnation à de lourdes peines d’emprisonnement,

  • Les dirigeants des cheminots du Great Indian Péninsular ont été condamnés à plusieurs années de prison. Ceux de la grève des cheminots du Sud Indien ont été condamnés à 10 ans de prison. Sendura Mondai de la Fédération des cheminots de l’Est Indien a été condamné à 5 ans de la même

Le vice-roi a rétabli les ordonnances du Bengale, qui placent le pays sous le régime de l’état de siège. Il a exhumé un décret de 1882 qui institue la détention administrative.

Toutes ces mesures, contrairement à ce que prétend Le Populaire, ont été délibérées par le cabinet socialiste de Londres. Le secrétaire d’Etat pour l’Inde est Wedgwood Benn, membre de l’I.L.P., dont le leader Maxton régalait ces jours-ci de phrases gauches le congrès de Birmingham.

Il faut dénoncer le régime de terreur contre-révolutionnaire et de violence fasciste instauré dans l’Inde par le gouvernement socialiste du Royaume-Uni et développer l’action de solidarité prolétarienne à l’égard de la révolution hindoue.

L’essor révolutionnaire dans l’Inde coïncide avec un réveil de toute l’Asie et avec de prodigieux efforts de construction socialiste en U.R.S.S.

Il coïncide, d’une part, avec un renouveau révolutionnaire en Chine et avec l’effervescence en Indochine. Ce qui se passe à Bombay a sa répercussion rapide à Saïgon ou inversement. Les impérialistes de France et d’Angleterre, ont depuis longtemps, scellé leur front de lutte contre les révolutions coloniales.

Il y a 18 mois, le général Gouraud rendait visite au vice-roi de Delhi. Il y a quelques semaines, Tardieu, Briand et Macdonald mettaient au point le plan d’action commune contre les peuples coloniaux en effervescence et contre l’U.R.S.S.

Au front uni impérialiste, les prolétaires de France et d’Angleterre doivent opposer leur front révolutionnaire, ils doivent, de toutes les forces, appuyer les révolutions coloniales, renforcer leur agitation antiimpérialiste et antimilitariste, travailler à coordonner les mouvements qui, dans tout l’Orient ébranlent la domination capitaliste.

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