Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Inde, Bastar: Le fantôme non exorcisé du Salwa Judum by CSR Inde

Dans la région de Bastar, les violences sexuelles et les brutalités à l’encontre des Adivasis continuent. Rien n’a-t-il donc changé depuis que la Cour suprême a interdit la milice du Salwa Judum?

Forsaken grass With no arrests made so far, justice seems a far-fetched concept for this 14-year-old rape victimTerrain vague. Avec aucune arrestation pour l’instant, la justice est un concept improbable pour cette victime de viol, âgée de 14 ans.

Comment l’Inde urbaine regarde les régions du Chhattisgarh déchirées par les conflits? Beaucoup d’entre nous les relient à une «menace maoïste». Physiquement éloignés de la violence, nous voyons souvent des infos au sujet de la guérilla maoïste dans l’Etat. Elle fait sauter des véhicules de police et tue des soldats. Et nous formons nos opinions sur la violence en fonction des nouvelles que nous consommons. Certains savent également que les maoïstes affirment se battre pour le peuple – la population Adivasi opprimée du sud du Chhattisgarh. Cependant, dans l’ensemble, la partie de l’État où le pays semble être en guerre avec lui-même constitue les sombres recoins de la conscience de l’Inde. Et ses propres démons s’y développent, auxquels l’État choisit de ne pas faire face. Par conséquent, de retour «chez nous» nous n’avons plus eu à entendre parler de tous les rapports concernant les viols et la brutalité qu’ont subis neuf femmes tribales du 11 au 13 Janvier.

Soni Sori, une activiste Adivasi, membre du parti Aam Aadmi et présumée victime de tortures lors d’une garde à vue (une accusation portée contre les forces de sécurités de manière récurrente dans les cas d’arrestations de « sympathisants » maoïstes), est allée dans le village de Bellam Lendra dans le district de Bijapur avec une équipe d’investigation pour enquêter sur les faits. Les femmes du village ont donné un compte rendu de première main à Sori: « Les forces de police sont venues afin d’effectuer une opération de recherche dans le village, raison pour laquelle les hommes du village se cachaient, craignant la torture et les arrestations. En l’absence des hommes, la police elle-même a violé au moins neuf femmes du village. » Elles ont décrit l’horreur en détail. « Tandis que certains hommes de la troupe tenaient fermement les jambes et les mains de ces femmes, d’autres passaient sur elles chacun leur tour, l’un après l’autre. » Les hommes ont aussi humilié les femmes en suçant leurs seins pour voir si elles étaient en lactation. Cela a été fait, apparemment en raison de l’hypothèse développée par la police selon laquelle les femmes qui ne produisent pas de lait sont de possibles Naxalites, car cela montrerait qu’elles ne sont pas mariées.

Outre les abus sexuels, les forces de sécurité auraient détruit des biens et du bétail afin de rendre la survie difficile pour leurs victimes. Ils sont également accusés d’avoir menacé à plusieurs reprises les habitants de brûler leurs maisons avec leurs enfants à l’intérieur. Les femmes ont également affirmé que les hommes armés étaient des «extrémistes repentis», une référence à la milice Salwa Judum parrainée par l’État, qui était également composée de quelques anciens « extrémistes » (maoïstes) repentis.

Cependant, lorsque les médias sont concernés, le décompte des atrocités se transforme en rumeur – l’une des nombreuses qui concernent la population locale dans la région maoïste – sans arriver jusqu’aux journaux. Les récents incidents ont même eu du mal à arriver jusqu’aux dossiers de la police. Initialement, la police a refusé de déposer une FIR (document légal enregistrant les informations concernant un délit ou un crime NDT), en citant comme raison l’absence du surintendant de police de Bijapur. « On nous a dit que la plainte ne pourrait être déposée que lorsque le SP reviendrait à Bijapur, » dit Sori. Les femmes lésées de Bellam Lendra, ainsi que certains militants des droits de l’homme, avaient atteint Bijapur le 18 Janvier. Mais il leur a fallu quatre jours atroces pour finalement faire pression sur la police et déposer un dossier. Seulement après cela, quelques quotidiens nationaux ont relayé des informations concernant ces violences.

Une équipe de la Commission nationale des femmes (NCW), qui se trouvait être à Bijapur à l’époque, a également rencontré les victimes. Cependant, avant les évènements ont pris une tournure intéressante: Une foule de gens prétendant être «victimes» de la violence maoïste est arrivée dans ce qui semblait être des véhicules de police. Ils ont exigé d’un ton menaçant que les femmes, qui attendaient pour la FIR, quittent immédiatement Bijapur. Le groupe semblait être constitué d’ex-membres du Salwa Judum.

Ce récent incident de violence fait écho à un autre évènement semblable qui a eu lieu en Octobre dans le village de Peddagellur, non loin de Bellam Lendra. Du 20 au 24 Octobre 2015, une autre «opération de ratissage» des forces de sécurité a donné lieu à un autre incident de violence à grande échelle. Environ 15 à 20 hommes de la police et des forces de sécurité ont pénétré les villages de Peddagellur et du voisinage et ont pillé des maisons et molestés plusieurs femmes, en violant deux, dont l’une est âgée de 14 ans. KL Dhruv, de la police du Bijapur, admet que, malgré les FIR enregistrés, aucune arrestation n’a été faite dans cette affaire jusqu’à présent.

Une équipe de Tehelka est allée à Peddagellur et dans les villages voisins pour rencontrer les victimes qui continuent d’attendre désespérément que la justice soit rendue. Peddagellur est à environ 50 km de Bijapur. La région n’est pas froide comme Delhi. Une aube précoce de Janvier ne connaît pas le brouillard. Les gens peuvent être vus se promener en T-shirts et shorts, d’autres sirotant un thé sur les étals en bordure de route dans la petite ville de Bijapur entourée de jungles et bordée par la rivière Indravati.

Géographiquement, c’est le centre de l’Inde; Cependant, c’est une région marginale en ce qui concerne le développement. Pour le citadin, Bijapur et la zone autour d’elle apparaît comme une région abandonnée par le gouvernement en matière de développement et de progrès. La seule présence de l’Etat, cependant, est le déploiement de forces de sécurité lourdement armées à travers le pays.

Atteindre Peddagellur depuis Bijapur est une tâche difficile. Il faut marcher 50 km ou louer un deux-roues en ville, ce qui est une tâche herculéenne.

 

Ash cold Funeral site of 18-year-old Daddi Arjun, who was allegedly murdered by the forces

Cendres froides. Site funéraire du jeune de 18 ans, Daddi Arjun, qui aurait été tué par les forces de l’ordre.

L’ambiance générale de suspicion dans une population habituée aux informateurs, aux taupes, aux policiers en civil – tout un réseau de surveillance, rend difficile pour un étranger de briser la glace avec les habitants. Cependant, ce correspondant a eu la chance de trouver quelqu’un pour emprunter un scooter. La route vers Peddagellur est jalonnée d’un camp de la CRPF tous les 2 km. Tout le parcours est fortement patrouillée par des soldats à pied accompagnés d’officiers supérieurs se déplaçant dans des véhicules anti-mines. La police affirme qu’ici, chaque pas peut être fatal, puisque les maoïstes ont peut-être posé des mines pour les hommes en uniforme.

Les troupes qui patrouillent ces zones sont prudentes et alertes. Même le bruit d’un scooter qui approche les fait se dresser pour procéder à un contrôle de sécurité. Après 25 km sur la route, la piste se termine près d’un village appelé Basegudah. Peddagellur est à environ 25 km de ce village. Entre les deux existent quelques villages peu peuplés, aux huttes de boue. En arrivant à Peddagellur, un silence gênant nous accueille.

Gifts for war Local teenagers were armed by the state government to form Salwa Judum-I

Cadeaux pour la guerre. Les adolescents locaux ont été armés par le gouvernement de l’Etat pour former la Salwa Judum 1.

Après un brin de conversation avec les victimes, il est clair qu’elles n’ont aucune idée de la peine que les auteurs pourraient recevoir pour ce crime. Tout ce qu’elles savent est que certaines personnes habillées en uniforme de la police sont venues à leurs villages durant ces jours, et pendant ce temps les femmes des villages ont été molestés et violées. Parmi elles, se trouvait une jeune fille de 14 ans, qui a des troubles mentaux selon les villageois.

D’abord un peu réticente à s’ouvrir aux étrangers, la jeune fille raconte enfin son calvaire. « J’avais pris le bétail pour l’emmener au pâturage le matin, quand les hommes en uniforme de la police sont venus vers moi et m’ont demandé de me déshabiller. Quand j’ai essayé de fuir, ils m’ont forcée et m’ont violée. Ils ont également menacé de me tuer si je racontais cela à quelqu’un », dit-elle, sans pouvoir se souvenir de la date exacte.

La belle-mère d’une autre victime raconte des faits similaires – «Elle était enceinte de trois mois au moment du viol. J’étais sur le terrain avec ma belle-fille lorsque les hommes en uniforme se saisirent de nous. Ils m’ont frappé avec la crosse de leurs fusils et ont forcé ma belle-fille à se déshabiller. Ils ont joué avec son ventre gonflé avant de la prendre tour à tour. L’un d’eux a dit en Gondi – «Maintenant, donne naissance à notre enfant aussi ». Chaque fois que j’essayais de les arrêter et que je les suppliais, ils me frappaient avec leurs fusils ».

Un autre incident qui n’a pas été abordé par les médias est le meurtre présumé d’un jeune de 18 ans nommé Daddi Arjun par le même groupe de personnes. On lui a tiré dessus et il est décédé plus tard dans un hôpital. Un rapport citant l’incident a été préparé par Sarwa Adivasi Samaj, qui l’a présenté plus tard au ministre en chef Raman Singh. Le Suraksha Bal est soupçonné d’avoir commis l’assassinat. Mais personne ne sait si ces hommes étaient des agents spéciaux de la police (SPO), de la CRPF ou  de l’une des nombreuses forces de sécurité opérant dans la région.

Kamla Kaka, un militant local, suggère que l’acte a été commis par des ex-membres du Salwa Judum, puisqu’ils parlaient dans la langue locale, contrairement à la plupart des agents de sécurité qui ne sont pas des locaux. « Cet incident nous ramène aux jours du Salwa Judum dans le Chhattisgarh, durant lesquels des habitants armés ont reçu les pleins pouvoirs pour mener à bien de tels crimes en toute impunité », dit Kamla. « Là aussi, des locaux pourraient avoir été armés par la police, car ils parlaient tous en Gondi. C’est une indication très forte que quelque chose comme le Salwa Judum existe de nouveau dans le Chhattisgarh « .

Pour les adivasis du Chhattisgarh, le Salwa Judum est un souvenir terrible. Formé en 2005, le Salwa Judum était une milice parrainée par le gouvernement de l’État, sous la bannière de laquelle des milliers de jeunes des tribus locales ont été mobilisés dans le but de lutter contre le maoïsme. Il a fonctionné dans une totale impunité et a déclenché des violences à grande échelle dans la région pendant six ans, jusqu’à ce qu’il soit été interdit par une ordonnance de la Cour suprême en 2011, à la suite de rapports faisant état de violations flagrantes des droits de l’homme.

La Cour a également sommé le gouvernement de l’Etat d’enquêter sur les activités criminelles de la milice. Mais beaucoup disent que le Judum n’a jamais vraiment cessé ses activités. Ignorant l’ordre, le gouvernement de l’Etat a donné aux membres du Salwa Judum le statut de SPO (officier de police) et a donné une légitimité aux commandos Koya (terme local pour les SPOs) en formant avec eux la Force armée auxiliaire. Aujourd’hui, les habitants du Chhattisgarh ne peuvent plus savoir qui est qui, comme ils sont tous habillés en uniforme.

La population locale, qui est la plus touchée par ces mobilisations, ignore encore le statut constitutionnel de ces forces. Ils savent seulement que des hommes en uniforme, qui sont là pour traquer les maoïstes, sont en guerre constante avec eux, parfois avec le soutien de la population locale. En outre, il semblerait que d’anciens maoïstes repentis, pris en charge et soignés par l’État pour lutter contre leur propre camp, soient derrière chaque embuscade.

Aujourd’hui, malgré l’interdiction de la Cour suprême, il y a un Salwa Judum Episode II en formation. L’année dernière, la Vikas Samiti Sangharsh (VSS) a été formée par Chavindra Karma, fils de Mahendra Karma, membre de l’assemblée législative et fondateur du Salwa Judum. Chavindra a affirmé que la VSS serait une organisation anti-maoïste pacifique, contrairement au Salwa Judum, mais dans une zone où les violations brutales des droits de l’homme sont restés impunies, ces discours n’ont aucune valeur. D’ailleurs, son père avait dit la même chose aux étrangers pendant les premières années du premier Judum.

Chavindra Karma a lancé la VSS au moment même où le premier ministre Narendra Modi a annoncé un plan d’investissement pour l’Etat se comptant en millions de roupies. Etait-ce une simple coïncidence?

Nandini Sundar, professeur de sociologie à la Delhi School of Economics, relie les faits dans un article pour The Wire, un site d’information: « Il peut y avoir une coïncidence la première fois, mais proclamer Salwa Judum-II au moment où le premier ministre a annoncé un plan d’investissement de millions de roupies suggère que même le premier Salwa Judum ait été un produit commandé, un «mouvement populaire» payé par certaines entreprises. Au minimum, il a été fabriqué à Delhi, à Raipur et au siège de la RSS à Nagpur, et non dans un village de Dantewada. Pour être certain, comme la dernière fois, le Judum est ostensiblement dirigé par un politicien du Congrès. La dernière fois, il s’agissait de Mahendra Karma, membre de l’assemblée législative de Dantewada, cette fois, c’est son fils, Chavindra Karma, qui se présentait en 2014 aux élections du Lok Sabha sur une liste du congrès. »

Même si le Salwa Judum n’est plus une organisation formelle aujourd’hui, ses fantômes s’attardent dans toute cette région, dans l’attente d’un ordre des agences gouvernementales pour surgir de nouveau.

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