Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Viols et caste en Inde by CSR Inde

Il y a quelques semaines, les événements survenus dans un village du district de Badaun, dans l’Uttar Pradesh [dans le nord du pays], ont endeuillé le monde entier. Le 28 mai, les corps de deux adolescentes victimes d’un viol collectif ont été découverts pendus à un manguier.
Quand les ONG internationales, l’ONU et divers spécialistes se sont mis à commenter la nouvelle, l’odeur de pourriture d’un “strange fruit” indien [référence à la chanson de Billy Holiday à propos d’un Noir lynché et pendu aux Etats-Unis] a envahi la scène mondiale. Je suis une dalit [intouchable]. Je suis ici pour vous dire que cet étrange fruit a un nom et que ce nom est “caste”.


De même que, dans l’histoire des Etats-Unis, les violences sexuelles sont indissociables du racisme, de même, en Inde, la fréquence des violences contre les femmes et l’absence de sanctions sont indissociables du système de castes. Ce système classe les êtres humains à leur naissance. La caste à laquelle on appartient détermine toute notre vie : notre travail, notre degré de pureté spirituelle et notre position sociale. Au bas de la hiérarchie se trouvent les “intouchables”, appelés ainsi parce qu’ils souillent spirituellement les autres et condamnés à être exploités tout au long de leur existence.
Nous sommes 200 millions à lutter contre ce système injuste. Nous ne formons pas un petit groupe marginal mais une masse critique. Nous rejetons cet odieux système et nous présentons sous le nom de “dalits”, un peuple écrasé par l’oppression mais dont la raison d’être est la lutte. Depuis l’indépendance de l’Inde [en 1947], la mise en œuvre d’une politique de discrimination positive a donné le jour à une génération de médecins, scientifiques, avocats et fonctionnaires dalits. Mais la grande majorité d’entre nous sommes condamnés à une vie marginale. Nous vivons dans un régime d’apartheid, avec des villages, des lieux de culte et même des écoles distincts. C’est un système mortifère dans lequel le Bureau national des statistiques criminelles recense chaque jour quatre femmes dalits violées, deux dalits assassinés et deux maisons dalits incendiées. Les événements du district de Badaun ont révélé cette réalité au monde.


La culture de caste indienne est une culture du viol. Les violences sexuelles de caste, à la fois oppressives et opportunistes, sont destinées à réduire notre communauté au silence. Toutes les tentatives pour obtenir l’égalité – scolarisation, travail, vote – accroissent le risque de représailles, car ces violences visent à créer un climat de terreur pour dissuader les dalits de remettre le système en question. Une récente étude de la Campagne nationale sur les droits des dalits montre que ces représailles atteignent aujourd’hui un niveau sans précédent, puisque plus de 67 % des femmes dalits y sont confrontées. Cette culture du viol est aussi une culture d’impunité dans laquelle les auteurs hindous de ces agressions, qui appartiennent à une caste supérieure, sont à l’abri de la justice.
Dans son récent rapport sur la position des femmes en Inde, Rashida Manjoo, rapporteur spécial des Nations unies, souligne qu’“il y a une attitude patriarcale profondément ancrée chez les policiers, les procureurs et les juges”. A cela se greffe une triste réalité, à savoir que des membres de la police, du système judiciaire et de la fonction publique s’entendent fréquemment avec les auteurs des viols pour empêcher les femmes dalits de porter plainte et d’obtenir réparation.
C’est pourquoi nous devons rompre le silence sur les violences sexuelles générées par le système de castes. Nous devons cesser de parler de cette culture du viol à travers des cas particuliers. Il ne s’agit pas seulement de Badaun, de New Delhi, de Baghana [dans l’Etat du Pendjab] ou de Bombay, mais de toute l’Inde. Nous devons nous pencher sur la culpabilité de l’ensemble de l’Etat indien, de la police aux tribunaux. La honte infligée aux dalits à travers ces actes est la honte d’un pays qui refuse de protéger tous ses citoyens. Des policiers ruraux corrompus aux politiciens de la capitale, la culture de l’impunité protège les violeurs et empêche nos femmes d’obtenir justice.


Face à cet échec de la primauté du droit, la seule réponse légitime qui s’offre à nous est la lutte. Dans toute l’Asie du Sud, des femmes dalits issues de toutes les sphères de la société – militantes, intellectuelles, artistes – sont à la tête de mouvements sans précédent visant à mettre fin au système de castes et aux violences sexuelles qu’il engendre. Si le mouvement des droits civiques américain et le mouvement antiapartheid sud-africain ont été couronnés de succès, c’est parce qu’ils bénéficiaient du soutien du reste du monde.
C’est pourquoi nous demandons aujourd’hui au monde entier de soutenir nos femmes dalits et nos familles pour mettre un terme à ces violences.

Nous luttons pour tous ceux qui ont souffert de cette culture du viol.
C’est pourquoi nous vous demandons votre appui. Car l’ultime vérité est que, tant que des femmes dalits ne seront pas libres, aucune femme ne le sera.
Thenmozhi Soundararajan* The Daily Beast (New York),
traduction Courrier international le 17 juillet 2014.

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