Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Odisha, une «reddition maoïste» qui ne colle pas ! by CSR Inde

Kalamdei Majhi_03

Tandis que les rapports affluent du Chhattisgarh où la police met en scène les redditions de centaines de présumés maoïstes – qui en réalité ne sont que des villageois innocents, soit attirés par la récompense dérisoire de Rs 10 000, soit intimidés par la police – dans l’Odisha voisin, le modèle de «reddition» peut être un peu différent, mais la mascarade cacophonique est la même.

Le 5 janvier, lors d’une conférence de presse à Bhawanipatna, dans leur dernière preuve de machisme, la police de l’État et les fonctionnaires de la CRPF ont présenté aux médias leur «fraîche prise», une femme adivasie de 24 ans nommée Kalamdei Majhi. La police a affirmé que Kalamdei était une membre de la division Bamsadhara-Nagavali-Ghumsur du PCI (maoïste) interdit et qu’elle s’était rendue le matin même.

Cependant, deux jours plus tôt, le 3 Janvier, tout en parlant avec Satya Mahar, un militant des droits et l’animateur de district de l’Admi Parti Aam, j’avais appris qu’une fille adivasie avait été ramassée par la police à 3 heures du matin le 29 décembre dans son village, Tal Panchkul dans le Sanctuaire de la faune Karlapat – un fait qui a été corroboré par deux journalistes locaux. Les journalistes ont également dit que la jeune fille avait été gardée au poste de police plusieurs jours sans être produite devant un tribunal, fait connu dans la région. Depuis, la police n’avait pas officiellement divulgué les détails de son arrestation aux médias, les journalistes hésitaient à signaler l’incident; dans le passé, certains journalistes ont été harcelés par la police et l’administration du district pour avoir rapporté certains incidents que la police voulait étouffer.

« L’affirmation devant la presse selon laquelle Kalamdei serait une maoïste et qu’elle se serait « rendue » à la police est un mensonge éhonté en vue de camoufler l’acte inconstitutionnel commis par la police qui l’a ramassée et maintenue en détention illégalement pendant des jours », a déclaré Lingaraj Azad, un militant des droits et secrétaire général national du Samajvadi Jan Parishad. « Tout le monde ici sait que la jeune fille a été emmenée de force par la police à son domicile de Tal Panchkul de nuit quelques jours auparavant; ce n’est pas comme cela que quelqu’un se « rend ». Puis elle a été maintenue illégalement en détention pendant huit jours jusqu’à ce que la police la pense suffisamment malléable pour pouvoir lui faire faire une déclaration correspondant à leur complot fabriqué », a-t-il ajouté.

Kalamdei Majhi. Credit: Special Arrangement

A la conférence de presse, de nombreux journalistes ont interrogé Brijesh Rai, le surintendant de police, à propos de la présumée détention illégale de cette femme. Il a simplement répété que Kalamdei s’était rendue le matin-même.

«Ici, un journaliste ne peut pas faire grand-chose de plus que poser une ou deux questions, sauf s’il est prêt à supporter le harcèlement moral de la police et de l’administration qui va suivre », déclare un journaliste local sous couvert d’anonymat.

« La jeune fille n’était même pas capable de parler correctement; elle avait l’air terrifié et intrigué. La police a parlé la plupart du temps et a produit toutes les affirmations », explique Aslam, un journaliste basé à Bhawanipatna.

Comme dans toute conférence de presse organisée par la police après la «reddition» d’une femme maoïste, Kalamdei a aussi invoquée l’exploitation mentale et sexuelle de la part de camarades masculins comme raison de son départ du camp.

Mais « elle semblait très incertaine et incohérente dans sa déclaration à la presse. Elle ne pouvait même pas répondre à des questions simples concernant l’endroit où était situé exactement le camp maoïste duquel elle était partie ou comment elle a trouvé le chemin du retour toute seule », explique Aslam.

Lingaraj ajoute: «Cela signifie qu’en huit longues journées, la police n’a pas pu la préparer suffisamment afin qu’elle mente aux médias avec aplomb. La vérité sort quoique vous mettiez en œuvre pour la cacher. »

Qu’est-ce qui a alors fait que la police a convoqué une conférence de presse si précipitamment? En l’absence d’informations des médias sur sa détention, Kalamdei aurait été maintenue en détention jusqu’à être plus « orientée » de la manière que la police voulait avant d’être présentée aux médias.

Seulement, selon Aslam, bien que les médias grand public n’aient rien diffusé sur sa détention, les gens avaient commencé à utiliser les médias sociaux, notamment Facebook, depuis le 3 Janvier afin d’attirer l’attention sur ce cas. C’est ce qui est susceptible d’avoir forcé la police à organiser la conférence de presse.

« Tout le monde pourrait se porter garant du fait que Kalamdei a été ramassée par la police dans son village au milieu de la nuit et que ce ne fut pas une« reddition ». L’ensemble de la conférence de presse a été un spectacle monté par la police pour contrer l’atmosphère de mécontentement croissant envers les forces de police ici, après la fausse « encounter » (exécution déguisée en échange de coups de feu – spécialité policière NDT) au village Nisanguda dans laquelle trois adivasis innocents ont été abattus de sang-froid », dit Satya, ajoutant une dimension plus profonde au problème.

Le village Tal Panchkul est proche de celui de Nisanguda où Jai Majhi (membre élu du panchayat (conseil de village NDT)), Shukru Majhi et Hari Naik ont été abattus par la police en novembre. La police a essayé de faire passer la fusillade pour un «échange féroce et durable de coups de feu» avec les maoïstes. Mais deux jeunes garçons, Ichchu Majhi et Arjun Majhi, qui étaient avec les hommes quand ils ont été tués, bien que blessés dans la fusillade, se sont échappés et ont raconté la vérité aux médias locaux.

En mode « contrôle des dommages », la police a conduit Ichchu et Arjun au Medical College de Burla pour les soigner. Cela a également permis à la police de garder un œil sur eux. Selon Lingaraj, avant d’être relâchés, les garçons ont été maintenus en détention pendant des jours et menacés afin qu’ils ne divulguent pas aux médias d’autres détails de la fusillade ou alors ils seraient considérés comme des maoïstes.

Malgré la pression de la police, lors d’une conférence de presse, Ichchu et Arjun ont décrit sans ambiguïté comment la police les avait attaqués avec des armes à feu alors qu’ils étaient avec Jai, Shukru et Hari dans la forêt près de Nisanguda à la recherche d’une chèvre manquante. Bien que les deux garçons aient subi des blessures par balles, ils ont pu se cacher et ensuite courir se mettre en sécurité. Ils ont également affirmé avoir vu les policiers tirer sur les corps de leurs compagnons pour s’assurer qu’ils étaient morts. L’incident a été rapporté dans les médias traditionnels d’Odia, et a suscité des critiques et une condamnation très larges.

« Après les tueries de Nisanguda, les policiers ont effectué des heures supplémentaires pour maintenir terrorisés les villageois de Nisanguda, Tal Panchkul et Upar Panchkul afin qu’ils ne disent pas un mot. Aujourd’hui, même les deux garçons courageux – Ichchu et Arjun – ont été forcés de se taire. Quel plus grand drame pourriez-vous imaginer quand nul autre que le père de Kalamdei a maintenant peur de prononcer le moindre mot alors même que sa fille va traverser la pire épreuve possible entourée par des inconnus armés jusqu’aux dents dans un poste de police et a été forcée de faire une déclaration qu’elle ne pouvait logiquement pas faire », dit Lingaraj.

« La police tente désespérément de créer une image des villageois habitant autour de Nisanguda comme étant maoïstes. L’arrestation illégale de cette jeune fille innocente est uniquement une tentative allant dans ce sens. Nous craignons qu’il puisse y avoir plus de telles arrestations et plus de telles conférences de presse. Et une fois qu’ils auront réussi à dépeindre un certain nombre de villageois comme maoïstes, ils pensent pouvoir être en mesure de prouver que les trois villageois qu’ils ont tués de sang-froid le mois dernier étaient également maoïstes », dit Satya.

Lingaraj ajoute: «Mais on ne va pas laisser cela arriver. Les gens vont continuer à se battre pour leurs droits et pour la justice ».

Kalamdei n’est pas la première victime en Odisha de la répression étatique exercée au nom de la lutte contre les maoïstes. Depuis que l’opération Green Hunt a commencé en 2009, des centaines d’Adivasis et les Dalits ont été arrêtés, et des conférences de presse organisées pour présenter les «fausses redditions». Une fois en prison, ils attendent des années que leur procès commence, avec pratiquement personne pour les aider dans des procédures juridiques qu’ils ne peuvent même pas comprendre. Des dizaines ont été tués de la même manière que Jai, Shukru et Hari.

La police et les forces paramilitaires apparaissent au bout du rouleau pour justifier l’énorme quantité d’argent pompée pour mener l’opération Green Hunt. Par conséquent, ils se rabattent sur ces redditions orchestrées et les meurtres de villageois innocents pour donner l’impression qu’ils sont engagés dans une guerre épuisante contre les maoïstes.

Subrat Kumar Sahu est cinéaste et journaliste indépendant

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