Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Enquête de terrain: La vérité sur les récentes redditions de maoïstes au Chhattisgarh by CSR Inde

Ground report: The truth about Chhattisgarh’s recent Maoist surrenders

Récemment, les journaux ont rapporté que 26 maoïstes s’étaient rendus dans le district de Sukma. Cela a été salué comme un succès majeur dans la lutte contre le Naxalisme dans le Bastar. La réalité est plus complexe.

Le 8 décembre, lorsque Budru s’est présenté au poste de police de Dornapal, il a trouvé un mandat d’arrêt en attente pour lui.

La veille, la police avait envoyé un mot à Chintalnar, le village où le mécanicien de 25 ans, spécialiste des pompes hydrauliques à main vit, lui demandant de se présenter au poste de police de Dornapal. Cette ville est située dans le district Sukma du Chhattisgarh, une partie de la région du Bastar, qui est témoin d’une insurrection maoïste de longue haleine.

Budru a parcouru 45 kilomètres sur une route défoncée, pour constater que la police avait ressorti contre lui une vieille affaire de viol datant de 2010.

Il se prépara à être arrêté mais on lui a proposé de « se rendre » en tant que maoïste. De la sorte, il pourrait sortir libre et même obtenir une récompense pécuniaire.

Ramesh, vingt-quatre ans, qui tient un magasin dans Chintalnar, s’est retrouvé dans une position similaire. Un mandat a été émis contre lui en tant que complice de l’assassinat de Nagesh, un officier de police spéciale de Chintalnar, qui aurait été tué par les maoïstes.

Un affaire similaire a été construite contre un autre commerçant, Govind, qui dit avoir assisté à l’assassinat qui a eu lieu en face de sa boutique, mais nie avoir quelque chose à faire avec. On l’a forcé à choisir : soit se transformer en Naxalite qui se rend soit affronter l’accusation.

Budru, Ramesh et Govind ont choisi la première option. Conformément aux instructions, le lendemain matin, ils se sont présentés à la station de police de Polampalli, entre Dornapal et Chintalnar, où 23 autres hommes ont été exposés en tant que maoïstes s’étant rendus.

Le lendemain matin, les redditions ont fait les manchettes dans les journaux locaux. Les journaux ont rapporté que 26 maoïstes, dont cinq maoïstes « recherchés », s’étaient rendus en présence de l’inspecteur général du Bastar, SRP Kalluri, et d’autres fonctionnaires de la police et de l’administration civile. Le Times of India a qualifié les redditions de « succès majeur pour la police du Chhattisgarh dans sa lutte contre le Naxalisme dans la région du Bastar ».

« C’est la première fois que de telles redditions ont lieu » a déclaré D Srawan, le commissaire de police de Sukma, la voix pleine de fierté. « La police va accueillir tous ceux qui sont disposés à renoncer à l’idéologie du PCI (maoïste) et sont prêts à rejoindre la démocratie. Il n’est pas nécessaire qu’ils viennent avec leurs armes », a-t-il ajouté.

Zone de conflit

Le village de Chintalnar se situe au milieu d’un territoire contrôlé par les maoïstes, à environ 80 kilomètres du siège du district de Sukma, situé dans la région du Bastar.

Le village accueillait autrefois un marché animé, où les commerçants achetaient et vendaient le bois et les produits de la forêt. Il a été déplacé vers les Etats voisins de l’Andhra Pradesh et du Maharashtra.

Il s’est retrouvé sous le feu des projecteurs à l’été 2010, lorsque, au cours d’une attaque très matinale, les maoïstes ont tué 76 agents de sécurité qui dormaient dans un village voisin. Depuis lors, l’Etat a construit plus de camps de sécurité dans la région et il est rare qu’un mois ne passe sans échos d’échanges de coups de feu, d’explosions ou d’arrestations dans les villages situés dans un rayon d’environ 20 à 50 km autour de Chintalnar.

En 2011, les maisons de trois villages auraient été brûlées par les forces de sécurité lors d’une opération anti-maoïste. Une enquête menée par le Bureau Central des Enquêtes (CBI) sur la base des plaintes des villageois n’a toujours pas avancé d’un pouce, même à ce jour.

À Chintalnar et ses villages voisins, entourés de camps de sécurité nouvellement construits, presque tout le monde est suspect aux yeux de l’Etat – adivasis locaux, non-adivasis de la communauté commerciale de l’Uttar Pradesh et du Bihar, la communauté bengali qui s’est installée ici, dans les années 70, et les autres.

Les gens des villages sont régulièrement convoqués au commissariat où on leur demande de divulguer des informations sur les maoïstes, a déclaré Bhushan, l’un des 15 jeunes hommes convoqués par la police.

Convocations de la police

Le 7 décembre, selon les habitants de Chintalnar, le chef de la police locale a donné des ordres verbaux à 15 jeunes hommes, en leur demandant de se présenter le lendemain au poste de police de Dornapal.

La plupart de ces jeunes hommes appartiennent à la communauté commerciale locale avec des origines dans l’Uttar Pradesh et du Bihar. Ces familles migrantes soit tiennent des boutiques dans Chintalnar, ou ont été engagées dans l’entreprise de transport, qui emmène les passagers de Dornapal à Chintalnar, une activité lucrative dans ces endroits.

De ceux qui ont été convoqués, beaucoup comme Sunil, Arvind, Budru, Govind, Bhushan, Ravi et d’autres ont consciencieusement suivi les ordres. Après quelques heures d’enquête au poste de police, la police a demandé aux autres de partir, mais pas à Budru, Govind et Sunil, à qui on a demandé de revenir pour prendre part aux «redditions», comme des mandats avaient été émis contre eux.

Même si Bhushan était soulagé que la police le laisse rentrer chez lui, il craint que ce ne soit pas la fin de ses ennuis.

Govind, le commerçant local, est rentré le lendemain, après le théâtre de la reddition, mais il était trop traumatisé pour voir qui que ce soit. « Govind a tenu cette boutique durant les 15 dernières années, c’est-à-dire à partir du moment où il est venu dans la région pour gagner sa vie », a déclaré l’un des villageois. « Il ne s’est jamais éloigné de sa boutique. Il ne peut même pas courir un demi-kilomètre, comment peuvent-ils en faire un naxalite? »

La sœur de Budru dit de son frère: « Il ne peut pas se tenir debout, il boit tellement. Qu’est ce qui fait que la police pense qu’il pourrait être un naxalite.? »

Quand les gens se sont réunis en groupes pour discuter des redditions forcées, de nombreux étaient choqués, d’autres exprimèrent leur dégoût. « La police trouve des innocents afin de les effrayer et de les piéger en leur faisant faire ce qu’elle souhaite », a déclaré un villageois.

Un des hommes convoqués à Dornapal mais autorisé à rentrer dit: «Ce fut un grand show mis en place par la police pour gagner quelques étoiles sur leurs manches. »

La politique de reddition

Cependant, D Srawan, le commissaire de police, a défendu les redditions et a nié qu’elles soient fausses.

«Nous définissons le Naxalisme dans le vaste paramètre de ceux ayant de la sympathie pour ou propageant l’idéologie maoïste interdite » a-t-il dit. « Par conséquent, tout individu, qu’il soit cadre militaire, scout, ou sympathisant, s’il est prêt à renoncer à l’idéologie maoïste interdite pour embrasser la démocratie ordinaire, il sera considéré comme un naxalite se rendant ». Si un village entier est prêt à renoncer à l’idéologie, le gouvernement va l’y inciter, a-t-il ajouté.

Sur les 26 hommes qui se seraient rendus ce jour-là, il a dit que 17 avaient des mandats d’arrêt à leur encontre. La plupart d’entre eux ont été accusés dans des affaires d’assassinat, de possession d’armes illégales, et certains en vertu de la Loi sur la prévention des activités illégales, a-t-il dit. « Mais s’ils sont prêts à embrasser la démocratie et à renoncer à leur idéologie, la police est prête à examiner leurs cas avec indulgence. »

Si les 17 hommes n’avaient pas accepté de se rendre, auraient-ils été arrêtés? «Bien sûr» répondit-il nonchalamment.

Qu’advient-il des accusations portées contre eux, maintenant qu’ils se sont rendus? Il a déclaré que les affaires les concernant ne seraient pas abandonnées, mais « il sera fait preuve de clémence ». Sans définir ce qu’il entend par « clémence ».

Beaucoup à Chintalnar ont estimé qu’il serait difficile pour ceux étiquetés «naxalite s’étant rendu» de vivre dans les villages. Les maoïstes les soupçonneront d’être devenus des membres de la «gopniya police» (la police secrète) engagés dans la collecte de renseignements pour le compte du gouvernement. La sécurité des Naxalites serait-elle une préoccupation pour la police? « Eh bien, c’est un choix qu’ils doivent faire », a déclaré Srawan. Dans le cadre de la politique gouvernementale de réhabilitation, les Naxalites qui se sont rendus perçoivent une aide financière de Rs 10 000 et on leur propose également une maison sous l’Indira Awas Yojana, dans des endroits éloignés de leurs villages, a-t-il dit.

Vivre dans la peur

L’enthousiasme de la police pour des redditions maintient les résidents de Chintalnar inquiets.

Anil était un de ceux convoqués par la police dans la première semaine de décembre. Son père a reçu la convocation de la police à sa place car il n’était pas à la maison. Ce n’était pas la première fois qu’il avait été demandé à quelqu’un de la famille de comparaître au poste de police. Il y a cinq mois, quatre personnes, dont le père de Anil, ont été appelées par la police. Ils ont ensuite été emmenés à Gadiras, à environ 95 kilomètres de Chintalnar, où ils ont été détenus les yeux bandés pendant près de dix jours sans aucune accusation. Après son retour à la maison, le père d’Anil, craignant pour son fils, lui a conseillé de quitter Chintalnar et de monter une entreprise dans la ville de Sukma.

Mais même le fait d’avoir déménagé à Sukma ne l’a pas aidé. Le jour où les convocations de police sont arrivées, Anil montait à bord d’un bus à destination de Raipur, la capitale de l’Etat, d’où il devait se rendre en Uttar Pradesh pour assister au mariage d’un cousin.

À ce moment, Anil a changé ses plans, s’est dérouté et a atteint Polampalli le lendemain après-midi, où les redditions se déroulaient, mais le spectacle était terminé. « Vous êtes arrivé en retard, » lui a-t-on dit. Un mandat d’arrêt avait été délivré à son nom. Mais il a été autorisé à rentrer à la maison avec la promesse qu’il réapparaîtrait lorsqu’il serait appelé à nouveau pour un autre round de «redditions».

«Je vais devoir y aller », dit-il, en parlant de cette éventualité. « Il n’y a pas d’échappatoire, après tout, je dois vivre ici, je ne peux pas risquer d’antagonisme avec la police. »

Les noms des villageois ont été changés pour protéger leur identité.

Source

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