Comité de Soutien à la Révolution en Inde


L’Inde, un pays empoisonné by CSR Inde

Alors que l’Inde est en train d’arrêter l’utilisation du DDT, ses effets à long terme ne sont pas pris en compte.

 

Il y a quelques semaines, l’Inde a conclu un accord avec l’ONU pour mettre fin à l’utilisation de l’insecticide DDT en 2020. Le DDT a été utilisé dans l’agriculture depuis des décennies jusqu’à la limitation de son usage en 1989, mais 6.000 tonnes de DDT sont encore produites chaque année pour l’l’éradication des moustiques et d’autres insectes nuisibles. Cet usage serait tout à fait compréhensible, sauf pour le simple fait que le DDT est devenu inefficace – au cours de la dernière décennie, la plupart des insectes ont développé une résistance au DDT. Le reflexe poussant à utiliser tout simplement de plus grandes quantités de DDT ou à le remplacer par d’autres polluants organiques persistants (POP) a pollué le sol, l’eau et l’air de l’Inde avec une concoction de produits chimiques nocifs.

D’autres insecticides et pesticides qui sont utilisés spécialement pour l’agriculture contaminent davantage notre environnement. Après avoir limité l’usage du DDT, le gouvernement a commencé à encourager l’utilisation d’autres POP qui étaient potentiellement encore plus nocifs, tels que le HCH (plus tard interdit en 1997), l’endosulfan (plus tard interdit en 2011), puis le lindane (restreint en 2012). Plutôt que de reconnaître que la composition de tous les POP les rendent intrinsèquement nuisibles, le gouvernement semble promouvoir différents POP à leur tour jusqu’à ce que chacun se trouve reconnu comme ayant des effets toxiques tangibles.

Cela est peut-être dû au fait que l’Inde est le deuxième plus grand producteur de pesticides en Asie et le quatrième dans le monde. Des échantillons de l’eau potable à travers l’Inde montrent des concentrations élevées de HCH, d’isomères de l’endosulfan et des métabolites du DDT. Les lois en Inde permettent un certain niveau de ces substances dans les aliments et l’eau, mais ces montants sont beaucoup plus élevés que ceux autorisés à l’Ouest. Par exemple, La dose de DDT autorisée dans les aliments est sept fois plus élevé que le dose permise dans l’Union européenne; les doses de lindane sont autorisés à être 100 fois plus élevées et l’endosulfan 40 fois plus élevées (et 200 fois plus élevés dans l’eau). L’air dans les villes indiennes a également été contrôlé comme contenant la plus forte concentration de HCH dans le monde.

L’omniprésence du DDT et d’autres POP est une conséquence de leur lente dégradation. Les murs des maisons dans lesquelles une solution insecticide à base de DDT a été pulvérisée à l’intérieur il y a trente ans en contiennent encore. Les plantes cultivées dans les champs qui au cours des dernières décennies ont été aspergés de DDT montrent des traces importantes de l’insecticide. Malheureusement, les produits de dégradation de certains POP sont également très toxiques.

En raison de leur résilience, les POP ont tendance à persister dans les organismes. Cela conduit à une bioaccumulation, ce qui signifie que plus un animal se trouve haut dans la chaîne alimentaire, plus la concentration en POP qu’il contient est importante. Par exemple, alors que la dose de DDT dans un ver peut-être ne pas importante, un oiseau qui mange trois vers ingère une dose qui pourrait être mortelle pour lui. Aux États-Unis, il a été prouvé que l’utilisation du DDT éclaircissait les coquilles d’œufs et les rendait sujettes à la casse. Cela a entraîné le déclin sévère de plusieurs espèces d’oiseaux, y compris l’emblème national de l’Amérique, le magnifique pygargue à tête blanche. En plus des oiseaux de proie, de la faune aquatique et les oiseaux chanteurs, la vie marine est particulièrement sensible à la bioaccumulation du DDT. Des poissons des rivières Gomti et Ganga ont montré des concentrations de DDT mille fois supérieures aux limites proposées par la US Environmental Protection Agency.

Les êtres humains, situés au sommet de la chaîne alimentaire, sont en grand danger d’ingestion de quantités nocives d’insecticide. Les échantillons de lait maternel des femmes à Delhi affichent des niveaux de DDT 12 fois plus élevés que ceux recommandés et des tests sanguins montrent également des niveaux dangereux de POP. Dans les corps humains et animaux, de grandes quantités de DDT produisent des cellules cancérigènes, provoque la perturbation endocrinienne et dérègle les systèmes de reproduction (diminution de la qualité du sperme et augmentation du risque de fausses couches chez les mammifères).

Rachel Carson, à travers son livre révolutionnaire « Silent Spring » (le printemps silencieux), a mobilisé le public américain dans les années 1970 en protestant contre l’utilisation du DDT aux Etats-Unis. « Dans la nature, rien n’existe seul », dit-elle. Carson a montré que l’utilisation du DDT a endommagé les délicats systèmes écologiques mis en place au cours des millénaires en induisant une résistance chez certaines espèces et en empoisonnant d’autres. En outre, le DDT et les autres POP peuvent être trouvés à des centaines de miles de la zone où ils ont été utilisés. L’érosion des sols, les eaux de ruissellement, le vent et les courants signifient qu’aucun endroit, qu’aucun animal et que personne n’a échappé à ces produits chimiques. Les organismes d’eau douce en Inde sont contaminés par des POP et c’est aussi le cas pour les organismes d’une grande partie des eaux souterraines du pays.

Le gouvernement indien a montré une résistance au changement de la situation actuelle. Au cours de la Convention de Stockholm sur les POP en 2011, l’Inde était le seul pays à résister à l’interdiction de l’endosulfan, probablement parce qu’il était le plus grand producteur de POP dans le monde. Il a ratifié l’accord seulement lorsque certaines cultures ont été exemptées de l’interdiction de l’endosulfan. C’est d’autant plus choquant que cette réunion a eu lieu après que des rapports officiels ont reconnu en 1995 que l’utilisation de l’endosulfan dans les plantations appartenant à l’Etat du Kerala a causé au moins 500 morts, et que selon des estimations non officielles, le nombre est plutôt de 4000. Plus de 9.000 personnes ont été rendu malades dans la tragédie de l’endosulfan. Les bébés ont été de plus en plus nombreux à naître avec des anomalies, des troubles neurocomportementaux et des malformations congénitales.

Kasargod, la zone dans le Kerala qui a été touchée, était auparavant très riche en faune. Mais après l’utilisation de l’endosulfan, la diversité végétale a diminué de 40-70%, des espèces de poissons sont mortes en masse, et les abeilles et les papillons disparurent. Un grand nombre d’animaux et d’oiseaux – le langur Nilgiri en voie de disparition, le chat de la jungle, le chevrotain, les chauves-souris, les Irenidae et de grands Campéphagidés, pour n’en citer que très peu- ont disparu.

Alors qu’une partie du problème réside dans le fait que les POP sont mortels, d’autres problèmes découlent de leur utilisation incorrecte. Beaucoup d’agriculteurs en Inde ont tendance à utiliser des insecticides sans discernement. En outre, des quantités énormes – plus de 47 tonnes – sont stockées dans différentes régions de l’Inde, après que leur date d’expiration fut dépassée. Comme les déchets radioactifs provenant d’un réacteur nucléaire, ces produits chimiques doivent être stockés dans les règles afin qu’ils ne contaminent pas l’environnement. Il n’y a aussi qu’une très petite quantité de recherches qui sont menées sur les POP et spécifiquement sur l’impact qu’ils ont dans le contexte indien.

Il reste encore beaucoup à faire par le gouvernement, les scientifiques, les travailleurs agricoles et les écologistes afin que les POP soient éliminés de façon sécuritaire et utilisés de manière limitée – ou mieux encore, remplacés par des insecticides et des pesticides respectueux de l’environnement. Rachel Carson a demandé, « Comment des êtres intelligents peuvent-ils chercher à contrôler quelques espèces indésirables par une méthode qui a contaminé tout l’environnement et menace de maladie et de mort même leur propre espèce? »

L’auteur est un écologiste

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