Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Le recyclage des déchets électroniques en Inde by CSR Inde

A Mumbai, la collecte des « e-déchets » échappe largement aux autorités. La plupart des téléphones ou ordinateurs atterrissent à Dharavi, immense bidonville de l’agglomération.

(De Dharavi, Mumbai) Mohammed a des mains en béton et sa sueur pour seconde peau. Dans une des petites bâtisses étouffantes de Dharavi, l’un des plus grands bidonvilles d’Asie, il récupère un jouet électronique et un téléphone.

Il les désosse chacun leur tour. Le plastique dans un bac, le circuit imprimé dans un autre. Quinze secondes maximum pour le téléphone :

« J’ai l’habitude. Je fais ça minimum dix heures par jour. »

Mohammed à Dharavi, Bombay, Inde

Mohammed à Dharavi, Bombay, Inde

Les circuits imprimés et les autres composants électroniques sont revendus à Iqbal ou Pawan (prénoms d’emprunt), à quelques ruelles de là. Deux gars qui recyclent ce type de déchets pour 150 à 300 roupies par jour (2 à 4 euros). Pawan, 37 ans, constate :

« Avant, on avait essentiellement des frigos ou des machines à laver. Mais depuis plusieurs années, on récupère beaucoup plus d’ordinateurs, d’imprimantes, de téléphones, c’est bien plus varié. »

Une imprimante à recycler, Bombay, Inde

Une imprimante à recycler, Bombay, Inde

La révolution numérique est passée par là. L’Inde génère 1,5 million de tonnes de déchets électroniques en 2015, dix fois plus qu’il y a dix ans. La croissance actuelle du volume de déchets est désormais estimée à 25%. Entre 10% et 20% viennent illégalement des pays occidentaux, selon les spécialistes interrogés.

Mumbai est la mégalopole du pays qui en produit le plus : 96 000 tonnes en 2014. Selon Priya Ubale, activiste spécialiste du sujet des déchets, « seulement 10% sont recyclés par la voie agréée ». L’immense majorité atterrit à Dharavi, bidonville rassemblant près d’1 million d’habitants sur 227 hectares.

Iqbal trouve que « les conditions ne sont pas faciles, mais il y a pire ». On retrouve ici un ensemble de communautés venues chercher une vie meilleure, dans une ville qui fait rêver des millions d’Indiens.

Nocif pour l’homme et la nature

C’est le cas des parents d’Iqbal, arrivés d’une ville d’Uttar Pradesh (Nord) il y a 35 ans. Devant un bac de circuits imprimés, il raconte :

« Mon père a travaillé dans le recyclage du plastique. Moi, un ami m’a fait rentrer dans celui des déchets électroniques.

On obtient ces télés, imprimantes et autres grâce aux chiffonniers et aux “kabadiwala” [revendeurs de seconde main, ndlr].

Ensuite, on récupère ce que l’on peut et on revend. »

Un téléphone à recycler, Bombay, Inde

Un téléphone à recycler, Bombay, Inde

Soit, des morceaux d’appareils comme des tubes cathodiques, ou bien des matériaux comme de l’or, du cuivre ou de l’aluminium. Le tout obtenu grâce à des techniques nocives pour l’environnement et pour les travailleurs :

  • manipulations sans protection ;
  • circuits imprimés brûlés ;
  • parfois, des bains d’acide.

Des cicatrices sur les avant-bras

« Le problème, c’est qu’ils ne savent pas qu’ils gèrent des matières dangereuses », souligne Aneri Taskar, doctorante et spécialiste de l’« e-waste » (les déchets électroniques).

Les déchets peuvent contenir du mercure, du plomb ou de l’arsenic. Les fumées inhalées peuvent provoquer de nombreux problèmes de santé, comme des lésions cérébrales. Une étude a révélé que 76% des travailleurs indiens traitant les déchets électroniques ont des difficultés respiratoires.

Pawan et Iqbal ne veulent pas dire grand-chose à ce sujet. Iqbal a des cicatrices sur les avant-bras mais, dit-il, « j’aurais encore plus chaud si je mettais des gants ».

Réformer le circuit officiel

Face à la masse de déchets électroniques et son augmentation exponentielle, le gouvernement indien avait déjà légiféré en 2011 [PDF], afin de renforcer le secteur conventionnel. « Mais cela n’allait pas assez loin », estime Priti Mahesh, coordinatrice pour l’ONG Toxics Link :

« Tous les intervenants dans la chaîne du recyclage n’étaient pas concernés, il y avait donc des soucis. »

Un circuit officiel embryonnaire

Dans le Maharashtra, Etat de 112 millions d’habitants, d’une superficie proche de celle de la moitié de la France, il existe seulement cinq centres de recyclage de déchets électroniques, 22 « démanteleurs » et 34 centres de collecte. La plupart à Mumbai ou dans sa proche banlieue.

En avril dernier, le ministère de l’Environnement a rendu publique une première version d’une nouvelle loi, amenée à être amendée. Au programme, entre autres :

  • le renforcement de la responsabilité élargie du producteur (via par exemple un dépôt de garantie lors de l’achat d’un appareil, remboursé seulement si le consommateur recycle son bien de la manière édictée par le producteur) ;
  • la possibilité pour des entreprises de mettre en place des points de collecte communs ;
  • ou encore des facilités administratives pour entrer dans le secteur formel.

« Ils sont plus compétitifs »

Suffisant pour améliorer le recyclage légal de déchets électroniques ? Pas sûr : les kabadiwala et les chiffonniers quadrillent extrêmement bien le terrain, depuis des siècles. Ils ont créé des habitudes auprès des habitants et des entreprises.

Amiya Kumar Sahu, président de la National Solid Waste Association of India, souligne :

« Ils sont très présents et répondent à un besoin car les gens ne savent pas vraiment quoi faire de leurs déchets. »

Le bidonville de Dharavi, Inde

Le bidonville de Dharavi, Inde

Et puis, renoncer aux normes de sécurité et d’hygiène fait évidemment baisser les coûts. Shakeel Chaudhary, qui a monté son entreprise agréée de recyclage, Shabbir Traders, déplore :

« Ils sont plus compétitifs que moi au niveau des prix. J’ai dû investir dans des équipements que je dois amortir. »

Pour de meilleurs produits

Pour lutter contre la pollution, Amiya Kumar Sahu prône « des technologies plus vertes » et « des produits qui durent plus longtemps ».

Indispensable, tant les appareils vont se multiplier. En 2018, 550 millions d’Indiens seront connectés à Internet, contre 190 millions en 2014.

Dans leur petit local de Dharavi, Pawan et Iqbal le savent :

« On ne va pas manquer de travail. »

Source

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