Dans les décors paradisiaques de la région de Kerala, dans le sud de l’Inde, les femmes travaillent entre 10 et 12 heures par jour pour environ 3 euros de salaire quotidien, selon l’Economic & Political Weekly. Elles sont le premier maillon d’une chaîne qui se termine probablement dans votre tasse à l’heure du petit-déjeuner ou du goûter. Car ces travailleuses, en général peu éduquées, ramassent des feuilles de thé, notamment pour Tetley, une marque très présente dans les rayons des supermarchés français. Outre leur salaire dérisoire, les employées de Kanan Devan Hills Plantations, une entreprise en partie détenue par la multinationale indienne Tata, ont décidé de protester contre leurs conditions de vie et un système contrôlé uniquement par des hommes.

Des conditions de vie médiocres

C’est un événement bien particulier qui a allumé la mèche : la décision de la multinationale de supprimer les bonus des ramasseuses de thé, rapporte la BBC. Mais cet abus n’est que la partie émergée du problème. Elles se révoltent également contre leurs salaires, de 50% inférieurs à la moyenne locale (6 euros par jour), selon la BBC, et expliquent vivre dans des huttes si petites qu’elles ne disposent que d’un lit, sans toilettes et commodités de base. La plupart de ces femmes sont également sous-nourries, elles contractent régulièrement des maladies, parfois fatales. Leurs enfants ne peuvent pas aller à l’école. À côté de cela, les hommes, qui ne travaillent pas, dépenseraient leur argent en alcool.

Une société gouvernée par les hommes

Mais les ramasseuses de thé ne visent pas seulement Kanan Devan Hills Plantations dans leurs revendications. Elles ont également manifesté contre les organisations syndicales censées les représenter. Selon elles, loin de les défendre, les hommes, à la tête des syndicats seraient de mèche avec la direction de l’entreprise et n’agiraient que dans un but : garder leurs postes, alors que le marché du thé est en crise, notamment au Royaume-Uni.

« Nous n’avons rien à perdre »

« Nous ramassons le thé et nous portons les sacs sur nos épaules, vous récoltez tout l’argent », « Nous vivons dans des hangars grands comme des boîtes de conserve, vous préférez les bungalows », pouvait-on lire sur les pancartes lors des protestations qui ont rassemblé 6 000 femmes devant le siège de leur entreprise, en septembre. Baptisé « L’unité des femmes », ce mouvement a duré 9 jours. Une période durant laquelle ces indiennes, sans aucun antécédent syndical, n’ont rien lâché de leur revendication première : rétablir leurs bonus. « Nous n’avons rien à perdre », a expliqué Lissy Sunny, l’une des meneuses du mouvement au site d’information indien Catch. « Nous ne laisserons personne nous exploiter. Trop c’est trop », a-t-elle ajouté.

La détermination de ces femmes a finalement payé. Si la question des salaires et des conditions de travail est encore loin d’être réglée, elles ont remporté leur première bataille : leurs bonus ont été rétablis. Et réussi l’exploit de faire plier une multinationale.

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