Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Entretien avec Ramnath Bhat sur le paysage radiophonique en Inde by CSR Inde

Dans le cadre de la Nantes Digital Week, la rédaction a réalisé un dossier sur les évolutions du média radio : Comment les modes d’écoute ont-ils évolué ? Le modèle des radios libres historiques est-il dépassé ? Les réflexions sur la modernisation des modes de diffusion et de production de la radio vont-elles toujours dans le sens des auditeurs ?capture_5

Pour répondre à ces questions, différents acteurs du monde de la radio ont accepté de nous livrer leur point de vue sur les évolutions du média radiophonique à l’heure du numérique.

FOCUS avec RAMNATH BHAT, co-fondateur du collectif d’art et média Maraa à Bangalore et Vice-Président de l’Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires Asie-Pacifique (AMARC)

Depuis 2008, Maraa mène des actions sur l’investissement de l’espace public en lien avec les problématiques de classes, castes ou de genre. Le collectif travaille aussi sur le développement des radios associatives, dans l’idée de promouvoir une information accessible et locale.

Le paysage radiophonique indien

Le secteur radiophonique se découpe en trois grands groupes : le service public « All India Radio » qui regroupe 500 à 600 radios sur la FM et l’AM, les radios commerciales au nombre de 800 et enfin près de 200 radios associatives.

En termes de couverture du territoire, l’accès au service radiophonique est très inégal puisqu’uniquement 40 % du pays est couvert.
En outre, les zones urbaines, en particulier les grandes villes, ont un spectre de la bande FM complètement saturé. Il est difficile, voire quasiment impossible, pour les jeunes radios associatives de se positionner et d’offrir une information alternative.
D’un autre côté, les zones rurales ont un spectre désertique et certains villages et zones reculés n’ont accès à aucun service radio.

Il est donc important que des initiatives soient prises pour assurer une offre radiophonique équitable sur l’ensemble du territoire, avec des contenus diversifiés correspondant aux réalités des communautés sur place (urbaines, péri-urbaines ou rurales, mais aussi en termes de langues et dialectes). Comme le souligne Ramnath Bhat, cela représente un enjeu autant politique que technologique.

La radio indienne dans la transition numérique

Aujourd’hui, 72 stations de service public sont disponibles sur la radio numérique, par le biais de la norme DRM (Digital Radio Mondiale). « All India Radio » prévoit une transition progressive de la radio analogique vers le numérique.
Pour le co-fondateur de Maraa, s’il est indéniable que le numérique représente des progrès en termes de qualité du son et de diversification de l’offre radiophonique, cette transition n’est pas la priorité tant que la FM n’est pas exploitée à sa juste valeur et tant que les Indiens n’ont pas tous accès à un service radio.

Sans compter qu’aujourd’hui, un poste de radio numérique en Inde coûte entre 90 à $100 (soit de 80 à 90€), ce qui reste beaucoup trop cher pour la majorité des foyers.
La transition vers le numérique oui. Mais pas aux dépens de l’accessibilité pour les auditeurs, de la formation des équipes, de la création et du soutien de nouvelles radios, ainsi pourrait se résumer le propos de R. Bhat.

La liberté d’expression, un autre enjeu de taille

Ces propos trouvent d’autant plus d’écho qu’à l’heure actuelle, la liberté d’expression n’est pas assurée dans tout le pays. Les régions qui connaissent des tensions liées à des mouvements séparatistes (au Cachemire ou au Nord-Est) de même que les zones où le mouvement maoïste opère, sont soumises à la répression. Dans ces territoires, aucune radio associative n’émet, très peu de commercial
es et les radios publiques sont toutes sous contrôle de l’État.

L’autre enjeu est la possibilité pour les radios associatives et commerciales de s’emparer des sujets politiques et d’actualité. Suite aux directives de 2006 du gouvernement, il est interdit pour les radios associatives de parler d’actualités et des affaires publiques. Concrètement, ces radios ne sont pas autorisées à mentionner des sujets relatifs à l’actualité politique, aux élections ou aux partis politiques. Elles peuvent en revanche mentionner les plans du gouvernement et son actualité.

Actuellement, les acteurs fédérant des radios associatives comme Maraa, œuvrent activement auprès des pouvoirs publics pour abolir cette interdiction mais aussi pour alléger la lourde bureaucratie qui freine l’attribution de nouvelles autorisations d’émettre. En 2006, les ambitions de l’État indien prévoyaient la création de 4 000 radios associatives. La route est encore longue pour atteindre cet objectif ambitieux et devra se faire en concertation avec l’ensemble des acteurs du territoire.

L’accessibilité pour tous, la diversité, une allcoation du spectre équitable, tels sont les enjeux de la radio en Inde, «à la fois excitants et plein de défis» précise  Ramnath Bhat.

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As part of SUN’s participation to the Nantes Digital Week, the editorial board performed a daily focus on media radio evolutions: How did listening modes evolve? Is the historical radio model outdated? Are ideas about broadcasting modernisation and production modes, always in the interest of the radio listeners?

To answer these questions, stakeholders of the Radio sphere gave us their opinion about radio evolutions at the time of digitalisation.

FOCUS with RAMNATH BHAT, co-founder of Maraa, a media and arts collective in Bangalore and Vice-President of AMARC Asia Pacific

Since 2008, Maraa carried out actions and thoughts about public area flooding in relation with class, cast and gender issues. The collective is also developing community radios in view to provide local and accessible information.

The Indian radio landscape

Radio industry counts three groups: the so called « All India Radio » public service with 500 to 600 radios on FM and AM; the 800 commercial radios; and nearly 200 community radios.

In terms of area coverage, there are huge disparities as only 40 % of the territory have access to broadcasting services. Urban areas, especially large cities, have a full spectrum. It is then impossible to offer new services and create community radios, there, with alternative contents. On the other hand, the spectrum is almost totally free in rural areas and some villages and remote areas do not have access to any radio station.

Initiatives must be taken to ensure an equal radio service for all the country, with various contents, in harmony with the realities of the communities, being urban, peri-urban or rural and also in harmony with the languages and dialects. As R. Bhat underlines, this challenge is technologic but also political.

Indian radio and digitalisation

72 radios stations from public service are today broadcasting in digital, with DRM (Digital Radio Mondiale). « All India Radio » plans a gradual switching from analogue to digital.
For the co-founder of Maraa, digitalisation represents an undeniable progress, in terms of sound quality, enrichment of the offer… But digitalisation cannot be the priority as long as the spectrum is not allocated in all areas and that all Indians people haven’t access to radio.

Not counting, that a digital radio receiver costs 90 to $100, which is way too expensive for most of the households. Evolution towards the digital is ok, but not at the expense of the listeners’ access, of the community workers’ training, of the creation and support of new community radios, as could be summarised R. Bhat words.

Another main challenge: the freedom of speech

Those words are especially meaningful, so as the freedom is not assured all over the country. Areas under tensions linked to separatist movements (such as in Kashmir or North-East) or the regions where the Maoist movement is located, are under control. There, no community radio are available, a few commercial ones and the public service is under the state surveillance.

The other main issue for community and commercial radios is to be allowed to talk about politics and the news. The government guidelines from 2006 bans the right for community radios to speak about news and publics affairs. Concretely, they can’t talk about elections, political parties or candidates but can mention the government schemes and current affairs.

Nowadays, activists and community workers, such as Maraa, are working with public authorities to abolish this ban and also to make easier the possibility to get a licence. In 2006, the government planned the creation of 4 000 community radios. There is still a lot to do and stakeholders have to work all together.
« The future of the radio is in the mean time exciting and very challenging » according to Ramnath Bhat. The main challenges must be respectful of a universal access, diversity and an equitable resource allocation.

Source

 

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