Comité de Soutien à la Révolution en Inde


L’homme qui ralentit le recul des glaciers by CSR Inde

Face à un Etat indifférent à la destruction de la nature, certains résistent avec leurs faibles moyens.

Depuis près de trente ans, un ingénieur indien construit des glaciers artificiels pour freiner la fonte des neiges de l’Himalaya. Un sacerdoce qui lui a valu le surnom de l’«Homme de glace».

Chewang Norphel a été témoin du réchauffement climatique qui a bouleversé sa région natale du Ladakh ces trente dernières années.

Chewang Norphel a été témoin du réchauffement climatique qui a bouleversé sa région natale du Ladakh ces trente dernières années.

C’était il y a plus de soixante-dix ans. Un temps que beaucoup d’Indiens n’ont pas connu mais que Chewang Norphel se remémore comme si c’était hier. «Je suis né en 1935. Quand j’étais petit, mon père était agriculteur. Il cultivait le blé, l’orge et les petits pois sur ses trois hectares de terre. A cette époque, la montagne était couverte de neige toute l’année.» Depuis, la région de Chewang Norphel, le Ladakh, au pied de l’Himalaya, a bien changé. Avec le réchauffement climatique, les glaciers fondent, relâchant leurs eaux dès la fin de l’hiver, trop tôt pour que les fermiers aient le temps de semer.

Réseau de canalisation

A 80 ans, Chewang Norphel a vu sa région natale changer en à peine trente ans. «Dès la fin des années 70, les neiges éternelles de l’Himalaya ont commencé à reculer», raconte-t-il. Ses études terminées, Chewang Norphel travaille comme ingénieur civil pour l’Etat du Jammu-et-Cachemire, dans le nord de l’Inde, durant trente-six ans. Pendant ce temps, le réchauffement climatique continue. Dans un rapport réalisé en 2012 avec une ONG locale, l’ambassade de Suisse en Inde rappelle que les températures ont commencé à grimper en 1979.

En Asie du Sud, cette chaleur est liée à la pollution de l’air, qui absorbe les radiations du soleil au lieu de les renvoyer vers l’atmosphère. D’après le rapport, les glaciers himalayens reculent de dix à soixante mètres par an. Une véritable bombe à retardement car la chaîne montagneuse alimente neuf fleuves et rivières dans le sous-continent, en particulier l’Indus au Pakistan, le Gange en Inde, le Brahmapoutre au Bangladesh. Autant de veines jugulaires dont dépendent 1,3 milliard d’humains. La superficie des glaciers de l’Himalaya dépasse les 35 000 km², c’est à peine moins que le territoire suisse.

Des années durant, Chewang Norphel cherche un moyen de freiner la fonte des glaces. Et puis un matin de 1995, il trouve la réponse… dans son jardin. «En observant le ruisseau avoisinant, j’ai remarqué que l’eau avait gelé à l’ombre d’un arbre, près de la rive, alors qu’elle s’écoulait au milieu du cours d’eau, se souvient-il. En scrutant le phénomène, j’ai compris que l’eau s’était changée en glace parce que le lit de la rivière freinait son débit à cet endroit. Et à l’ombre, elle n’était pas réchauffée par le soleil.»

En 1987, l’ingénieur commence à concevoir des glaciers artificiels. «J’ai imaginé un réseau de canalisations. L’eau des rivières est dirigée vers des tuyaux de 2,5 cm de diamètre qui débouchent sur un basin à l’ombre. En entrant dans ces tuyaux étroits, le flot ralentit et l’eau s’écoule vers le bassin où elle gèle.»

Avec ce système, l’eau reste à l’état de glace jusqu’à la mi-mars, à temps pour les semailles. En 1995, Chewang Norphel part à la retraite. Mais il rejoint immédiatement une ONG locale, Leh Nutrition Project, afin de poursuivre ses travaux. Jusqu’en 2010, il édifie treize glaciers, chaque projet mobilisant quatre ou cinq hommes pendant dix mois pour un investissement de 300’000 à 1 million de roupies par chantier (entre 8500 et 28’000 francs à l’époque).

Une mousson dévastatrice

Puis en août 2010, c’est le désastre. Les pluies torrentielles de la mousson déclenchent des inondations sans précédent en Inde et au Pakistan. Les rivières sortent de leur lit. Les ouvrages de Chewang Norphel sont balayés. Seuls quatre en réchappent. Cinq ans plus tard, celui que la presse mondiale a surnommé l’«Homme de glace» n’a même pas pu obtenir les fonds pour réaménager ses glaciers. «J’ai frappé à toutes les portes. Ni le gouvernement fédéral indien ni les autorités du Cachemire ne m’ont entendu», se désole le vieil homme. Chewang Norphel ne demande pourtant pas la lune: de 7000 à 21 000 francs par glacier suffiraient. Seulement voilà, sa mission ne semble pas intéresser grand monde. «Ces dernières années, la société au Ladakh a beaucoup changé, poursuit-il. Les jeunes se détournent de l’agriculture, préfèrent travailler dans le tourisme.»

Et pourtant, à 80 ans, l’homme ne s’avoue pas vaincu. «J’ai la force et la motivation pour travailler. Mes jambes me portent toujours. Dès l’âge de 8 ans, j’emmenais paître les chèvres et les vaches de mon père. Travailler, c’est devenu une habitude», sourit-il.

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