Comité de Soutien à la Révolution en Inde


Le salut par les armes de jeunes Cachemiris by CSR Inde
19 août 2015, 12:21
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Une image postée récemment sur Facebook d’un groupe d’insurgés cachmiris avec Burhan Muzafar au milieu. (DR)
Une image postée récemment sur Facebook d’un groupe d’insurgés cachmiris avec Burhan Muzafar au milieu.

Le conflit au Cachemire indien à majorité musulmane dure depuis vingt-cinq ans. Face à la poursuite de la répression des forces de l’ordre indiennes, des hommes prennent le maquis

«Je ne comprends pas…» Abdul Rashid est abasourdi par le choix de son fils. Dans le jardin de son imposante villa de Noorpura, entre les rizières verdoyantes de Tral au Cachemire indien, cet ingénieur touche à peine au thé servi dans d’élégantes tasses. Il se remémore un fils complice, généreux, passionné de moto. Il tente de trouver un sens aux indices laissés par Zakir Rashid, né en 1994. Un bout de papier griffonné le 17 juillet 2013, le jour où Zakir est parti: «Ce monde n’est rien. Ne me cherchez pas.» Puis une vidéo, postée sur YouTube, montrant Zakir avec une longue barbe et un fusil d’assaut: «méconnaissable», selon son père qui montre d’autres photos de son fils, la cigarette aux lèvres, dans des poses inspirées du cinéma de Bollywood. Enfin, en décembre, l’apparition de Zakir, déguisé avec audace en soldat indien pour assister sans se faire repérer à l’enterrement de son grand-père… Il a versé quelques larmes, avant de reprendre le maquis des massifs boisés himalayens.

Zakir Rashid est un «militant», comme on les appelle au Cachemire. Il a rejoint le Hizbul-Mujahideen, l’un des groupes séparatistes qui luttent contre la domination de l’Inde au Cachemire, dans une insurrection qui a débuté en 1989. Cette rébellion, soutenue par le Pakistan, a fait plus de 70 000 morts, principalement par les forces indiennes. Le différend remonte à la naissance de l’Inde indépendante et du Pakistan, en 1947, quand le rattachement du Cachemire, province disputée et à majorité musulmane, s’est soldé par une Ligne de contrôle (LoC) divisant le territoire en deux. L’Inde avait pris l’engagement de légaliser ce rattachement par un référendum, selon des résolutions des Nations unies. Mais le scrutin n’a jamais eu lieu, l’Inde dénonçant la présence des troupes pakistanaises dans des zones occupées. Et les deux puissances nucléaires se sont livrées trois guerres au nom du Cachemire, en 1947, 1965 et 1999. La situation s’est normalisée en 2003 avec l’amorce d’un dialogue. Mais le processus de paix a été gelé après l’attaque de djihadistes pakistanais à Bombay en novembre 2008 (166 morts). Aujour­d’hui, les contacts bilatéraux sont timides et laborieux.

L’usure du conflit ne dilue pas l’amertume d’une partie des habitants de l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire, quadrillé par un demi-million de membres de forces de sécurité. Depuis quelques mois, la tension monte: escarmouches régulières entre armées indienne et pakistanaise le long de la LoC, et, au Cachemire indien, attaques et altercations entre insurgés et soldats.

La région de Tral, située au sud-est de Srinagar, la capitale du Jammu-et-Cachemire, est un haut foyer de militants qui, comme Zakir, rejoignent le maquis pour préparer des attentats contre les forces indiennes. Pour ce jeune homme, le déclencheur probable est sa participation aux protestations pacifistes anti-indiennes de l’été 2010, que les forces de l’ordre ont réprimées en tuant plus de 110 manifestants. Selon son père, «Zakir a ensuite été harcelé injustement par la police». C’est aussi après cette répression de 2010 que des jeunes ont commencé à reprendre le chemin des armes.

«La nouveauté est que ces militants sont éduqués et locaux, explique le journaliste Asem Mohiuddin. Ils se passent du soutien du Pakistan, qui avait pris la main par le passé. Ils sont organisés, déterminés, et les forces indiennes peinent à les intercepter.» Selon la police, ils seraient 142 militants en activité dans la vallée du Cachemire, comprenant 54 Pakistanais infiltrés et 88 locaux. «Cette tendance est inquiétante», a admis à la presse S. Dulat, l’ex-chef du service de renseignement indien (RAW). «Après vingt-cinq ans de conflit, il est frappant de voir cette résurgence du militantisme local, souligne lui aussi Khurram Parvez, un défenseur des droits de l’homme. Dans un contexte de peur et de militarisation, ces jeunes sont le dos au mur.» Un engagement qui signifie souvent leur arrêt de mort. Car c’est une question de temps avant qu’ils ne soient interceptés et tués.

Non loin de Tral, à Sharief, une autre famille aisée vit dans le souvenir d’un fils né en 1996, Burhan Muzafar. En octobre 2010, Burhan a été arrêté à moto et battu par les forces spéciales de police. En s’enfuyant, il leur a crié: «Je vais prendre ma revanche!» Il a rejoint le maquis. Il est devenu commandant d’une division du Hizbul-Mujahideen et, en deux ans, il aurait recruté 80 autres jeunes. Le 1er juillet, dans une initiative inédite, il a posté sur Facebook des photos de lui en armes avec ses camarades. «Je suis fier de lui, lance son père, Muzzafar Ahmed Wani, directeur d’école. Il se bat contre l’injustice. Les villageois le soutiennent.» Le 13 avril, c’est son frère, Khalid, 24 ans, qui a payé pour lui, en cherchant à le revoir. «Khalid a été tué par les soldats qui l’ont grossièrement habillé d’une veste militaire afin de le faire passer pour un militant, dénonce le père. Il n’avait pas d’impact de balles mais sa mâchoire était défoncée.»

Quelques maisons plus loin, il y a aussi Ishaq Parrey, surnommé «Newton» en raison de ses brillants résultats scolaires, qui a rejoint le Hizbul-Mujahideen en avril. Ou encore Mohammed Solah, diplômé en informatique. «La tendance va continuer tant qu’il n’y aura pas de solution politique apportée au Cachemire», estime Noor Mohamed Baba, de l’Université du Cachemire. Récemment, on a même vu brandir des drapeaux de l’Etat islamique. «Je ne vois pas de pénétration de l’idéologie de Daech au Cachemire, tempère l’analyste, mais un geste de provocation contre l’Inde.»

Chaque jour, les pères de Zakir et de Burhan redoutent d’apprendre la mort de leurs fils. L’un s’est réfugié dans le chagrin et le malheur, l’autre dans l’honneur et le sacrifice. Deux chemins, à l’image des tourments du Cachemire.

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