Comité de Soutien à la Révolution en Inde


L’homme qui a fait pousser une forêt by CSR Inde
Trente-cinq ans après avoir planté son premier arbre, Abdul Kareem, un militant écologiste indien, a réussi à faire pousser une forêt de 32 hectares sur un terrain à l’origine sec et aride de l’État du Kerala, à la pointe sud de l’Inde. Une prouesse bénéfique pour l’environnement immédiat et une réponse au réchauffement climatique.

Avec plus de 800 espèces végétales, 300 plantes médicinales, des milliers d’arbres, des oiseaux et des insectes par centaines, la « forêt de Kareem » a tout d’une forêt naturelle. Pourtant, elle a entièrement été plantée par un homme, Abdul Kareem, à la force de ses mains… et de sa volonté : jusqu’aux débuts des années 80, la terre sur laquelle il fait grandir ces arbres était, sèche, craquelée et rocheuse, et n’avait à priori rien de fertile. Cela n’a pas découragé ce militant écologiste qui, depuis 1977, s’évertue à faire reverdir ces terres hostiles.

Sa forêt est aujourd’hui visitée par des chercheurs, des étudiants, des spécialistes de l’environnement de tous les continents. Sous le nom de « modèle de Kareem « , elle est même devenue un sujet d’études dans les universités indiennes, et permet d’enseigner les techniques de reboisement d’un espace sans faire appel au moindre produit chimique. Abdul Kareem a par ailleurs reçu de nombreuses récompenses en Inde, et sa forêt fait aujourd’hui partie des circuits touristiques du Kerala. Abdul Kareem s’en dit fier, mais veut surtout en faire un exemple concret de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Je veux prouver qu’avec de la détermination, la nature peut se régénérer »

Abdul Kareem

Abdul Kareem

Abdul Kareem a 67 ans. Depuis 1977, il a planté lui-même ce qui est devenu la« forêt de Kareem ».

J’ai grandi et travaillé dans différentes villes en Inde, dans des environnements urbains et pollués mais j’ai toujours été attiré par les arbres, synonymes pour moi d’apaisement et de tranquillité. J’ai exercé différents emplois et dès que j’ai eu quelques économies, j’ai décidé d’acheter en 1977 un terrain dans le Kerala, ma région natale, pour y implanter une forêt.

Le pari était osé : le terrain était aride et rocailleux, presque sans aucune végétation. Il s’étendait sur cinq hectares et ne m’a pas coûté bien cher, 3 750 roupies (environ 55 euros), le propriétaire était plutôt content de s’en débarrasser. J’ai planté une centaine d’arbustes, dont les plants m’avaient été donnés par l’administration régionale en charge des forêts et je les ai arrosés sans relâche chaque jour. J’allais chercher l’eau dans les villages alentours et je la transportais sur mon vélo.

Les gens se moquaient de moi et me prenaient pour un fou. Car pendant les deux premières années, aucun arbre n’a pris racine. Mais la troisième année fut la bonne : j’ai décidé de planter des arbustes un peu plus mûrs, certains ont survécu et ont commencé à grandir. Il fallait juste être patient ! Comme la forêt commençait à prendre forme, j’ai acheté 27 hectares de plus en 1982. Ma forêt s’étend aujourd’hui sur 32 hectares.

Je n’ai aucun diplôme ni aucune connaissance théorique en botanique, je me suis juste fié à mon envie et, au fil des années, à mon expérience. Tout ce que je veux montrer, c’est que tout le monde peut planter une forêt s’il le souhaite. Nous désespérons de voir qu’il y a tellement de forêts détruites de par le monde, tellement de cours d’eau qui s’assèchent, mais je veux prouver qu’avec de la détermination, la nature peut se régénérer.


« Les puits des villages environnants ne sont plus à sec en été »

Je n’ai jamais utilisé le moindre produit, ni fumier ni pesticide, et je n’ai jamais ramassé la moindre feuille ou branche au sol, ni taillé d’arbre. Je voulais que le processus soit entièrement naturel, pour montrer également qu’il est possible de faire pousser une forêt juste avec de l’eau et du temps. Je ne peux pas compter combien il y a d’arbres aujourd’hui, ils sont trop nombreux. Ce dont je suis fier, c’est qu’à force de creuser des trous d’eau à travers la forêt, j’ai réussi à attirer des oiseaux de différentes espèces. Différentes plantes ont poussé, différentes variétés d’insectes voltigent tout autour.

Au fur et à mesure des années j’ai constaté que la forêt avait des effets bénéfiques sur la région alentour, notamment parce qu’elle produit de l’eau. L’herbe qui a poussé absorbe l’eau des pluies, irrigue les sols. Quand je suis arrivé ici, il y avait sur mon terrain un puit qui fournissait peut-être 500 litres d’eau par an. Aujourd’hui, même aux moments les plus chauds de l’été, il donne 100 000 litres d’eau, et lors de la mousson, il déborde. Il permet de fournir des familles entières, alors que les puits des villages ne sont désormais plus à sec en été grâce à l’irrigation du sol. Il y a par ailleurs un vrai microclimat dans ma forêt : quand les températures en été frôlent les 40 degrés dans le Kerala, dans ma forêt, elles sont stables toute l’année, entre 20 et 30 degrés.

De nombreux promoteurs immobiliers m’ont approché pour me proposer de racheter ma forêt. Mais je ne veux surtout pas la vendre ! Je suis sûr que si je cédais, on y établirait un complexe hôtelier ou commercial et on détruirait mes arbres.

Il a été démontré que les forêts, par l’effet dit du « puit de carbone « , retiennent 19 % des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Or la déforestation ne cesse de s’accélérer : les forêts n’occupent plus qu’un tiers de la surface de la planète, contre deux tiers il y a quatre siècles. Depuis 1990, la surface totale déboisée représente quatre fois la surface de l’Italie. Si elle ne s’étend que sur une surface restreinte, la forêt de Kareem apparaît donc comme une réponse symbolique à ce phénomène.

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