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Rapport sur les activités d’information et de mobilisation :
Berlin:
Le 3 Novembre, la Ligue Contre l’Agression Impérialiste (BGIA) a organisé en coopération avec les amis de la révolution indienne de Berlin une réunion d’information et de mobilisation pour la Conférence internationale de soutien à la guerre populaire en Inde. Elle a été suivie par environ 35 personnes provenant de diverses organisations allemandes et turques.
La présentation a commencé avec les données de base économiques de la société indienne et concrétisée par l’exemple du travail des enfants. Par la suite, l’histoire du Parti communiste de l’Inde (maoïste) a été présentée ainsi qu’une description de l’état actuel de la guerre populaire en expliquant les Comités Populaires et l’Opération Green Hunt réactionnaire.
La discussion qui a suivi a pu clarifier certaines questions et a déclaré la solidarité avec le peuple d’Inde et avec la Guerre Populaire, menée sous la direction du PCI (maoïste).
Nous, en tant BGIA, tenons à remercier les camarades organisateurs pour le travail accompli et pensons que cet événement et le travail préparatoire sont une bonne contribution à la réussite future de la Conférence internationale de Soutien de la guerre populaire en Inde. Nous attendons une délégation militante de Berlin à la conférence.
Hambourg:
Le 6 Novembre, la Scène Rouge de Hambourg (RSH), a organisé un évènement d’information et de mobilisation pour la Conférence internationale au Centre International B5, à Hambourg. Le discours d’un camarade de la Ligue contre l’agression impérialiste (BGIA) a été suivi par environ 45 personnes.
Dans le public, il y avait beaucoup de nouveaux et de jeunes camarades qui commencent à s’impliquer dans la campagne. Le point central de la présentation était la nécessité pour les révolutionnaires de faire face à la Guerre Populaire en Inde et d’organiser le travail de solidarité.
Dans la discussion qui a suivie, de nombreuses autres questions ont trouvé réponse.
BGIA, Novembre 2012
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Cette vidéo de la BBC montre quelques aspects de la vie des membres de l’Armée de Guérilla Populaire de Libération.
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Article original publié sur Democracy and Class Struggle

(Le livre de Rahul Pandita « Bonjour, Bastar : L’histoire inédite du mouvement maoïste en Inde », examine l’évolution du groupe rebelle au cours des dix dernières années d’un point de vue de la base. Le livre est le dernier récit d’un mouvement que le gouvernement indien considère comme l’une des plus grandes menaces pour la sécurité nationale. L’accent est mis sur le Bastar, une région de l’Etat indien du Chhattisgarh de qui est devenu le centre de la scène de la lutte entre le gouvernement et les rebelles maoïstes. India Real Time a parlé à M. Pandita, un reporter au magazine Open, avant le lancement officiel du livre jeudi.)
IRT: Quels changements importants avez-vous remarqué dans la rébellion maoïste entre 1998, lorsque vous avez commencé à la couvrir, et aujourd’hui?
M. Pandita: Je pense qu’il a grandi de force en force. Ils se sont étendus. Maintenant, ils ont une armée très bien formée et très motivée de plus de 10.000 hommes et femmes appelée PLGA, l’Armée de Guérilla Populaire de Libération. En dehors de ces soldats, ils ont aussi une force secondaire ou de «base». Certains d’entre eux portent des armes rudimentaires, et d’autres des armes traditionnelles telles que des arcs et des flèches. Au Dantewada [un district du Chhattisgarh], l’année dernière, par exemple, ils ont tendu une embuscade à une patrouille dans laquelle 75 policiers ont été tués. Il y avait environ 200 maoïstes attaquant. Dans une formation typique de 200 maoïstes, environ 60-70 constituent le noyau dur de soldats de la PLGA, le reste d’entre eux constituent la force secondaire. Une fois que le personnel du CRPF [Forces armées NdT] ou les soldats sont dominés, ils vont chercher les armes. Donc, en termes d’armes, en termes de formation et en termes d’expansion globale, ils ont beaucoup gagné.
IRT: La Cour suprême a récemment statué que l’Etat du Chhattisgarh devait cesser d’utiliser les jeunes villageois tribaux comme officiers de police ad hoc, connus sous le nom d’agents de police spéciaux [SPO, Special Police Officer NdT], dans sa lutte contre le mouvement maoïste. Quel impact croyez-vous que l’ordonnance du tribunal aura sur la capacité du gouvernement à réprimer l’insurrection maoïste?
M. Pandita: C’est une question très délicate. Ce n’est pas une situation en noir et blanc, il y a des nuances de gris, évidemment. Il ya environ 40 000 SPOs dans toute l’Inde. Ce sont des tribaux ordinaires de 18 à 25. Ils ont été très mal formés et ils obtiennent une allocation de 3 000 roupies par mois. Ils mènent les patrouilles de police dans certains villages où il y a beaucoup d’atrocités, beaucoup de violations des droits de l’homme. En Mars de cette année, lorsque ces SPOs sont entrés dans trois villages du Dantewada, ils ont brûlé des centaines de huttes, ont tué trois civils et agressé sexuellement trois femmes. Après l’ordonnance de la Cour suprême, ces gars-là devront être désarmés. Une fois qu’ils seront désarmés, l’Etat n’a pas de programme sur la façon de traiter avec eux, sur la façon de les réhabiliter. Alors, ils sont pratiquement à la merci des maoïstes. Une fois qu’ils vont retourner dans leurs villages, ils risquent d’être abattus. Il incombe désormais au gouvernement de s’assurer que ces SPOs seront réhabilités d’une manière ou d’une autre.
Concernant leur absence sur le terrain pour aider la police régulière, je pense que dans une certaine mesure cela affectera les opérations anti-maoïstes. Parce qu’un soldat CRPF ordinaire [Central Reserve Police Force, généralement déployée dans les zones touchées par l'insurrection] qui vient de l’extérieur, n’a pas vraiment d’idée sur le terrain. Le niveau de motivation est absolument nul, par opposition à un soldat de la guérilla maoïste qui connait ce domaine et le terrain comme sa poche.
IRT: Pourquoi les maoïstes ont choisi Bastar comme l’épicentre de leur mouvement?
M. Pandita: Ils avaient un haut dirigeant maoïste appelé Kondapalli Seetharamaiah qui est un des fondateurs de ce qui était alors [dans le début des années 1980] connu sous le nom de People’s War Group, qui a fusionné avec un autre groupe appelé Maoist Communist Center en 2004 pour former ce qui est maintenant connu comme le CPI (maoïste). La fille de Kondapalli Seetharamaiah et son beau-fils étaient médecins au All India Institute of Medical Sciences à New Delhi et ils avaient l’habitude de voyager occasionnellement au Bastar pour traiter les patients. Ils en ont parlé à Kondapalli Seetharamaiah et c’est alors que l’idée que ça pourrait devenir une base idéale grâce à la couverture de l’épaisse jungle l’a frappé. Si vous n’êtes pas familier avec le terrain, vous serez perdu. Et c’est très proche de l’état d’Andhra Pradesh, d’où vient Kondapalli Seetharamaiah.
IRT: Vous avez rencontré des hauts dirigeants maoïstes, y compris leur chef, Lakshmana Rao Muppalla, mieux connu sous le nom de Ganapathy, alors que vous écriviez du livre. Comment s’est passée votre interaction avec lui?
M. Pandita: Ganapathy est un leader très charismatique. Il est originaire du district de Karimnagar de l’Andhra Pradesh, d’un village appelé Beerpur. Il détient un diplôme en sciences et un autre en éducation. Il était un professeur de sciences avant de devenir impliqué dans le mouvement. Il a été un associé très proche de Kondapalli Seetharamaiah. J’ai eu la chance très brève de le rencontrer et c’est arrivé par accident. J’étais en voyage dans cette région et il s’est trouvé qu’il y était aussi. J’ai dû marcher pendant des jours avant que je n’arrive à le rencontrer. Nous avons eu une réunion qui a duré quelques heures. Sa vision de base est de faire une révolution et de créer un Etat dans l’Etat.
IRT: Que pensez-vous être le meilleur moyen pour le gouvernement indien pour traiter avec le mouvement maoïste?
M. Pandita: Il a fallu de nombreuses années pour que le gouvernement de l’Inde accepte à contrecœur le fait que l’insurrection maoïste n’est pas seulement un problème d’ordre public, mais une préoccupation socio-économique. Mais tandis que d’un côté ils ont accepté ceci, sur le terrain rien n’a changé. La réponse est de promouvoir le développement. Si le gouvernement pense qu’il peut être contrôlé par la seule force, en mettant cent mille hommes sur le terrain, ce problème ne disparaîtra jamais – même si toute la direction maoïste est éliminée. C’est une question qui concerne la vie de centaines de milliers de personnes.
IRT: Quel est l’avenir du mouvement maoïste en Inde?
M. Pandita: Je pense qu’il va croître en raison du type de politiques que nous avons dans ces domaines. D’un côté, vous avez des centaines de milliers de tonnes de blé et autres céréales pourrissant dans des entrepôts du gouvernement. Tant que les gens continuent à mourir de faim, aussi longtemps que leurs terres sont emportées, aussi longtemps qu’ils seront déplacés et leurs vies détruites ; cela ne fera que grandir.
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Un reportage à voir de 23 minutes au coeur de la jungle avec une escouade de l’Armée de Guérilla Populaire de Libération du Parti Communiste d’Inde (maoïste).
A voir ici : http://www.podcasters.tv/episodes/naxalites-le-salut-rouge-13309679.html
et à télécharger là (clic droit puis ‘Enregistrer la cible du lien sous…‘) : http://castracker.com/t.html?f=http%3A%2F%2Ffeeds.arte.tv%2F%7Er%2Farte%2Ffr%2Fartereportage%2F%7E5%2Ff0ATMEfh0YY%2F20101211-inde_fr.mp4
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Source : http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/la-corruption-gangrene-le-developpement-rural/
La Loi de « garantie d’emploi rural » était le projet phare du gouvernement indien. Elle devait endiguer la pauvreté massive des régions oubliées par le « miracle » économique. Mais la corruption ronge ce programme. Et les paysans prennent les armes. Reportage dans l’Etat du Jharkhand.
Dans la poussière soulevée par les 4×4, ils sont une dizaine à creuser la terre. Les uns piochent. D’autres portent les seaux de gravats sur leur tête. Tout au long de la route, la scène se répète. Les ouvriers semblent creuser pour creuser, sans relâche, sans véritable logique. Dans l’Etat du Jharkhand, au coeur de l’Inde tribale, la finalité de ces travaux n’est jamais vraiment évidente. Le trajet de la ville de Daltonganj jusqu’au district agricole de Latehar est ponctué par ces chantiers improbables. Ces paysans locaux travaillent grâce au programme de développement rural NREGA (National rural employment guarantee act). Le gouvernement garantit et finance ainsi une durée minimale d’emploi pour les plus démunis. La Loi, passée en 2005, est un pilier de la lutte contre la pauvreté en Inde. La plupart de ces ouvriers ne verront pourtant jamais une roupie de leur salaire.
Habitent ici des tribus, parmi les premières à avoir peuplé l’Inde. Ces aborigènes sont agriculteurs à mi-temps : le reste de l’année, certains partent dans l’Etat voisin du Bihar comme ouvriers saisonniers pour récolter du riz. Les autres restent sans ressources. Ils sont illettrés. A Latehar, James Herenj anime un petit bureau pour leur faire connaître leurs droits. Assis par terre, sur un tapis, il apprend à l’un d’eux les démarches à effectuer pour réclamer une carte de travail. Sur les murs bleus de la petite maison, des affiches informent les paysans avec des dessins simples : « Si tu n’as pas de travail après 15 jours, tu dois recevoir de l’argent », explique un petit oiseau. Le NREGA garantie en effet 100 jours de travail par an aux plus pauvres. A défaut d’emploi, une indemnité doit leur être accordée dans les quinze jours suivant la demande de travail. Cette année, 8,8 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) sont alloués au plus vaste programme de ce type dans le monde.
Un principe bafoué par le mépris de l’administration pour les classes défavorisées. « Quand les paysans s’enrôlent pour bénéficier des 100 jours de travail, l’administration ne leur donne jamais de justificatif, se désole James Herenj. S’il n’y a pas de preuve de la demande d’emploi, le mécanisme ne peut pas fonctionner. » Un problème de rapports de classe : « La plupart des agents administratifs se considèrent comme supérieurs, ils pensent que cela réduit leur prestige d’écouter les pauvres », ajoute-t-il.
« Ils ont menacé de tuer mon mari »
Une fois la carte de travail en poche, des entreprises de travaux – appelées « contractors » -, sont tenues d’employer les nouveaux ouvriers avec les sommes versées par le gouvernement. Entre eux et l’administration, des intermédiaires se chargent de répartir les postes. Mais à chaque échelon, une somme est prélevée sur le maigre salaire des travailleurs.
Une femme de Latehar parle avec amertume de son expérience : « J’ai travaillé 12 jours dans un bassin de récupération des eaux à des dizaines kilomètres de chez moi. » Elle devait nourrir les sept membres de sa famille. Ses yeux noirs montrent la douleur. Sa voix exprime la colère. « Nous étions 22 ouvriers. Nous n’avons jamais touché notre argent. L’entreprise nous a demandé de dire à l’administration que nous avions bien tout reçu. Ils nous ont menacés. Ils ont dit qu’ils allaient tuer mon mari. » Dans les villages alentours, les travailleurs ont le même discours. Quand ils ont eu la chance de percevoir un salaire, celui-ci était réduit d’au moins 30 %. De tels récits, il y en a des centaines dans le Jharkhand, comme dans toute l’Inde rurale.
Jean Drèze dénonce « une véritable mafia »
L’économiste d’origine belge Jean Drèze est membre du Conseil national consultatif, une initiative de Sonia Gandhi, la présidente du Parti du congrès au pouvoir. Il est l’un des inspirateurs du programme NREGA. Quand il ne passe pas son temps à influencer les décisions, Jean Drèze est ici, à Latehar, auprès de ceux qu’il veut aider. En observant l’un des nombreux chantiers qui jalonnent la route, il dénonce sans ménagement « une véritable mafia qui s’est installée autour du NREGA ». De village en village, il interroge les paysans pour comprendre et évaluer la réalité du terrain. Ce Belge, naturalisé indien il y a trente ans, a su gagner la confiance des habitants de la région .
Les travaux financés par le NREGA sont censés endiguer la pauvreté massive de l’Inde rurale. (Christophe PAYET)
Les entreprises financées par New Delhi ne prennent parfois même pas la peine d’entamer les chantiers. L’argent des salaires peut être versé directement aux ouvriers sur des comptes bancaires ou postaux. Mais d’après James Herenj, ces derniers ne sachant ni lire ni écrire, les entrepreneurs ouvrent de faux comptes à leurs noms. Et se font ainsi transférer l’argent, sans scrupule, en laissant au passage 2 à 3 % de commission aux agents postaux.
Dans le village de Jerua, un activiste a été tué pour avoir dénoncé la corruption. B.K. Sinha, Secrétaire du ministère du dévelopement rural s’est déplacé pour l’occasion. Il est entouré de dizaines de paramilitaires des forces spéciales antimaoïstes, les visages masqués et armés de fusils d’assaut. En charge de l’application du NREGA, B.K. Sinha se veut rassurant : « Nous ne resterons pas des spectateurs silencieux face à cette corruption. Nous allons prendre en compte toutes nos erreurs. » L’administration, soucieuse de favoriser l’essor économique des entreprises, ferme les yeux sur ces pratiques rendues courantes. Elle encourage même les entreprises à s’implanter au mépris des paysans.
Avec la complicité des autorités, les entreprises exploitantes ne tardent pas à se considérer propriétaires des terres. « La plupart des travaux sont néanmoins illégaux : ils auraient dû être fait avec l’accord des Panchayats (conseils de villages). Mais, dans certaines zones, il n’y a plus d’élections depuis des années. Et les entreprises en profitent », dénonce Jean Drèze. Le Jharkhand est l’un des Etats disposant des plus importantes ressources minières du pays. A quelques centaines de kilomètres, de grandes compagnies se sont déjà implantées, malgré de violents conflits avec les paysans. Nombre d’entre eux subissent à Latehar la répression policière pour avoir osé récolter sur leurs terres. Tous craignent la police. « Ce sont ces exactions qui poussent certains paysans à rejoindre les maoïstes », analyse Jean Drèze.
Les paysans pris entre deux feux
Ces injustices avérées amplifient le malaise d’une région déjà en proie à l’instabilité. La Jhakhand est l’un des Etats indiens, avec le Chhattisgarh, les plus touchés par la présence d’une violente guérilla maoïste. A partir du moment où les paysans prennent conscience de leurs droits, ils se mobilisent. Certains ont essayé de manifester devant les administrations locaux. Avec pour conséquence une répression accrue. Pour James Hereng, « le plus grand problème actuellement est que les pauvres ne savent pas comment agir pour réclamer justice. »
Le gouvernement indien a mis en place des unités spéciales paramilitaires pour lutter contre la guérilla maoïste. (Christophe PAYET)
Les insurgés maoïstes, appelés les Naxalites (du nom du village de Naxalbari où une première révolte paysanne eu lieu en 1967), sont les seuls à entendre leurs complaintes. Présents dans un tiers des districts indiens, ils contrôlent certaines régions où l’armée ne s’aventure même plus. La guerre entre rebelles maoïstes et forces gouvernementales a fait 1169 morts en 2010. Leur popularité auprès des paysans se nourrit de la dénonciation de la corruption et des expropriations.
Mais, à Latehar comme ailleurs, le silence est généralement la règle. Quand certains osent évoquer la guérilla, les visages expriment la peur. De la police, mais aussi des rebelles. Jean Drèze, avec son air paisible et rassurant, collecte souvent de tels témoignages : « Les paysans sont pris entre les deux. La journée, la police vient les interroger sur les guérilleros. La nuit, les maoïstes viennent demander pourquoi ils ont parlé à la police. C’est un cercle sans fin. »
Pour Shoma Chaudhury, rédactrice en chef du magazine d’investigation Tehelka et spécialiste des naxalites, la rébellion soulève les véritables problématiques de l’Inde contemporaine. Leur violence ne peut être cautionnée, mais doit être comprise. « Ils sont les seuls à représenter les tribus et les masses populaires. Il y a une famine dans ce pays. On n’offre pas de travail à ces gens. On les expulse de leurs terres et de leurs forêts. Les maoïstes viennent et leurs mettent une arme entre les mains en leur disant : « Résiste ! » » Alors les paysans résistent.
Christophe PAYET, au Jharkhand
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(De New Delhi) Il enseigne la littérature à la Delhi university. Bien loin de la guérilla maoïste implantée au cœur de l’Inde rurale et tribale, ceux que l’on appelle les Naxalites, du nom du village de Naxalbari où une première révolte paysanne eu lieu en 1967.
G.N. Saïbaba fait pourtant partie des anti-impérialistes indiens qui comprennent les causes de l’insurrection. Cet intellectuel préfère se présenter comme un « activiste social ». Vice-président du Front révolutionnaire démocratique indien, il n’a pas de liens publics directs avec les rebelles ou avec le Parti communiste d’Inde-maoïste (CPI-maoist), classé parmi les organisations terroristes.
S’il tient un discours emprunt d’idéologie, il décrit néanmoins avec justesse la réalité de l’Inde rurale où les expropriations et la corruption jettent les paysans dans les bras des insurgés. Il dénonce aussi avec virulence la répression massive de l’opération « Green Hunt ».
Alors que j’effectuais un reportage en Inde, G.N. Saïbaba m’a reçu chez lui pour exposer les raisons d’une véritable guerre civile, qui a fait plus de 1 100 morts l’an dernier et qui représente, selon le Premier ministre Manmohan Singh, « la plus grave menace intérieure ».
Christophe Payet : L’Inde est souvent qualifiée de « plus grande démocratie du monde ». Qu’en pensez-vous ?
G.N. Saïbaba : Il n’y a pas de démocratie en Inde. Ce n’est qu’une façade. Il y a des institutions, mais elles sont toutes vides, y compris le Parlement. Nous devons construire une démocratie authentique dans ce pays. Le peuple doit pouvoir prendre les décisions.
L’Inde est aujourd’hui peuplée de plus de 80% de pauvres. Ils n’ont pas d’éducation, sont sans-abri. Il y a pourtant d’importantes ressources. Mais tout est confisqué par la poignée de gens qui dirige le pays. En réalité, c’est la plus grande non-démocratie.
Votre combat se focalise notamment autour de la propriété des terres…
Oui, c’est le plus grand problème auquel fait face l’Inde aujourd’hui. Le peuple ne contrôle pas les ressources. Seulement 10% de la population possède 80% du sol. Les ressources minérales, les forêts, l’eau sont concentrées entre quelques mains.
Au cours des cinq dernières années, la prise de contrôle s’est intensifiée. De grandes multinationales ont signé d’importants contrats d’exploitation minière. Avec les zones économiques spéciales, ce sont de véritables territoires étrangers qui sont créés au cœur de l’Inde.
Les gens sont expulsés de leurs terres. Alors ils résistent. Un vaste mouvement est en train de se mettre en place. La plupart du temps, les gens ont réussi à s’opposer à l’implantation de ces entreprises. Mais le gouvernement essaie de tuer ce peuple qui résiste en déployant d’importantes forces armées, paramilitaires et forces de police spéciales.
La majorité de l’armée indienne est aujourd’hui déployée contre le peuple indien. Il y a une guerre civile. Le peuple d’un côté, les dirigeants de l’autre.
Pensez-vous pouvoir gagner cette guerre ?
Le peuple a déjà gagné dans certaines zones. La plupart des grands projets industriels menées par de grandes firmes multinationales sont mis à mal par la résistance populaire. A Singur, dans le Bengale-Occidental, l’expropriation de centaines d’hectares de terre a du être abandonnée face aux protestations.
Dans l’Orissa, Vedenta a dû renoncer à étendre sa raffinerie d’aluminium. C’est aujourd’hui Posco qui voit son projet d’usine métallurgique bloqué. Et il y a des centaines d’exemples partout. Pour la première fois dans le monde, les expulsions et déplacements de populations sont stoppées avec beaucoup de succès.
La guerre est plus intensive dans les Etats du Chhattisgarh, l’Orissa, le Jharkhand, une partie du Bengal, du Maharashtra, et de l’Andhra Pradesh. Cela correspond à l’est et au centre du pays, où 90% des ressources sont situées. Ce sont les zones tribales. Les maoïstes y sont très présents, pour organiser les masses. Avec ou sans les eux, le peuple se bat.
Mais dans la plupart de ces régions, les maoïstes progressent. Et là où ils sont, le combat devient plus intense. On peut dire qu’un tiers environ de ce pays est directement ou indirectement sous l’influence du mouvement révolutionnaire. La guerre civile est déjà gagnée dans des endroits importants.
Mais le CPI-maoist est classé parmi les organisations terroristes…
Pour le gouvernement et les partis au pouvoir, quiconque résiste est un terroriste. Ils ont interdit toutes les organisations qui se battent. Les musulmans, les adivasis [aborigènes indiens, ndlr] sont considérés comme des terroristes. Les maoïstes ne sont pas des terroristes, car ils ne tuent pas indistinctement. Ils travaillent pour le peuple. Ils sont en train de devenir le plus grand instrument d’auto-organisation du peuple.
De toutes façons, l’interdiction du parti ne peut être appliquée que dans les villes. Là où les maoïstes sont puissants et là où l’armée du peuple est présente, l’interdiction est inefficace. Dans certaines régions, comme dans le Chhattisgarh ou le Jharkhand, ce sont les conseils populaires révolutionnaires qui dirigent.
Avec le lancement de l’opération « Green Hunt », le déploiement militaire ne semble pourtant pas ouvrir la voie d’une victoire maoïste ?
Selon les estimations non officielles, il y a 250 000 hommes des forces spéciales déployés contre les adivasis et les maoïstes. Cela en fait la plus grande force armée déployée contre le peuple. Le gouvernement indien a militarisé une grande partie de l’Inde. Au Cashemire, dans le centre et dans l’est, c’est l’armée qui est réellement au pouvoir.
C’est une longue longue bataille. Des maoïstes sont tués chaque jour. Mais le mouvement prend de l’ampleur. Les maoïstes gardent le dessus. Après que l’opération « Green Hunt » ait été lancée, l’influence maoïste a augmenté. Elle se développe dans de nouvelles régions. L’opération « Green Hunt » est en train d’échouer. Les brutalités des forces paramilitaires créent plus de résistance. Nous sommes dans une situation où le gouvernement indien ne peut plus gagner.
Les maoïstes parviennent-ils à s’implanter en milieu urbain ?
Les maoïstes ont une stratégie : s’implanter dans les régions rurales. C’est là que l’Etat indien est le moins présent. La paysannerie constitue la principale force de combat pour les maoïstes. Ils se développent aussi dans les aires urbaines de manière croissante. Mais c’est moins visible, car ils se s’y battent pas avec des armes. Ils n’agissent pas sous le nom de maoïstes, et doivent utiliser des couvertures. Mais ils agissent pour mobiliser politiquement les classes de travailleurs.
Quelle est la priorité : la prise du pouvoir ou le bien-être des populations tribales ?
La priorité est d’organiser la paysannerie en force de combat. Sans l’armée du peuple, la lutte politique ne peut pas avancer. Bien sûr c’est l’avancée politique qui reste l’objectif central. Mais comme le mouvement politique est violemment étouffé, l’armée du peuple doit pouvoir se battre.
Est-ce que la guérilla ne pénalise finalement pas les paysans, premières victimes de la lutte anti-maoïste ?
Il est vrai que les militaires tuent les paysans au nom de la lutte anti-maoistes. Ils brûlent des villages, violent les femmes, torturent, coupent les lèvres. Mais il n’y a plus d’autre option pour le peuple aujourd’hui. Les habitants des zones rurales ne voient plus l’Etat comme quelque chose qui pourrait les aider. Le parti maoïste devient le seul protecteur.
Photos : des unités spéciales paramilitaires sont censées lutter contre la guérilla maoïste (Christophe Payet) ; G.N. Saïbaba ; carte des principaux Etats touchés par la guérilla maoïste (Christophe Payet)
Classé dans : PCI (maoïste), Témoignage | Tags: armée populaire de libération, guérilla, inde, maoïste
Voici une brève vidéo (en anglais) sur le quotidien de l’Armée de Guérilla Populaire de Libération dirigée par le Parti communiste d’Inde – maoïste.
A voir sur : http://www.bbc.co.uk/news/world-south-asia-12662941
Classé dans : Témoignage | Tags: colonialisme, esclavage, france, impérialisme, inde, mémoire des Canabady, Réunion
ou comment la République française a organisé l’arrivée d’Indiens à la Réunion pour pallier la fin de l’esclavage des Noirs…
“La mémoire des Canabady” le 7 décembre sur Réunion 1re
http://mezzovoce.wmaker.tv/v/f242bba56e3ba9570b1f5971e64fff6e999423aa


